13 janvier, 2014

Stratégie, galipettes, et psychologie !


Pour la première fois de ma vie j'ai acheté Closer, le magazine qui parle de l'actualité des peoples et de leurs petits scandales. Bien sur, auparavant j'avais déjà lu cette presse, par exemple en attendant mon tour chez le coiffeur m^me si je crois me souvenir que c'était plutôt Gala et non Closer qui est un peu plus trash en se voulant fait à la manière des tabloïds anglais et italiens.

Pensez donc, si les maitresses sont une habitude constante chez nos dirigeants depuis Charles VII, c'était la première fois que l'affaire s’étalait dans la presse. En ce sens, ce n'est pas un tabloïd que j'ai acheté mais bien un morceau d'histoire, un document incroyable ! Avant, on nous rapportait qu'il s'était passé quelque chose, qu'il s'agisse de Félix Faure mort dans les bras de sa maitresse, de Giscard d'Estaing dont la Ferrari aurait heurté un camion de lait alors qu'il sortait de chez Marlène Jobert ou encore de François Mitterrand et de sa double vie.

Mais là, c'est casqué et assis comme passager du scooter de son chauffeur que l'on voit notre brillant président François Hollande se rendre chez Julie Gayet, à deux pas de l’Élysée pour y faire sa petite affaire. Rien qu'en voyant les photos, on imagine notre président rondelet, tout frétillant à l'issue d'une journée de travail bien remplie, se préparer à faire le mur comme un adolescent pour aller chez sa petite copine. 

Ca a des côtés notable de province ravissants ! On se croirait dans un films des années 80, un Sautet ou un Chabrol,  dans lequel le gros pharmacien du bourg entretient une liaison avec la jolie file du coin dont on murmure qu'elle aurait une moralité douteuse parce qu'elle aurait été danseuse à Paris. Le jour à la caisse derrière son comptoir boudiné dans sa blouse blanche de praticien, et la nuit, nu allongé sur une water bed dans une chambre pleine de fanfreluches pour s'adonner aux délices de Capoue. 

C'est terriblement humain, même pas sale, tout juste un peu cracra, comme lorsque l'on déplace un lave vaisselle et que l'on s'aperçoit que notre cuisine que l'on croyait en apparence immaculée serait finalement pleine de saleté. C'est juste délicieusement médiocre comme les soupçons de malversations de Manuel Valls ou la condamnation à la prison avec sursis d'Alain Juppé.  Ça nous rappelle qu'il faut toujours se méfier des grandes déclarations d'intention, que la plupart de ces abrutis sont à l’instar de Monsieur Homais dans Madame Bovary qui voulait n'exprimer que la satisfaction de lui même alors qu'il n'est qu'un sot prétentieux, retors, médiocre et bouffi d'orgueil.

Là aussi, dans cette histoire on aurait pu faire du conseil en stratégie. Quoiqu'à la vérité, je ne pense pas que Hollande se soucie le moins du monde de ses actes, ni même de sa réputation mais qu'il aurait bien voulu épargner sa maitresse officielle Valérie Trierweiller de peur des retombées. Et elles n'ont pas manqué puisque la marâtre orgueilleuse a été immédiatement hospitalisée pour cause de symptômes diffus afin de jouer la femme trompée en souffrance.

Stratégiquement, tant que la crasse était planquée derrière le lave-vaiselle, la poussière sous le tapis, notre bon président ne s'en souciait pas, pas plus que des rumeurs. Mais qu'il y ait des preuves flagrantes qui s'étalent dans Closer et c'est une autre histoire puisque ses frasques mouillent aussi sa compagne. Pendant la troisième république, les bourgeois allaient au bordel mais avaient assez de sens commun pour épargner leur foyer de leurs turpitudes. Là, ce n'est plus le cas.

Alors que dire de cette stratégie de notre président qui invoque l'article neuf du Code civil qui protège la vie privée. C'est assez minable. D'une part, parce que lui n'hésite pas à jeter en pâture à la surveillance de fonctionnaires nos vies sans l'assentiment d'un juge. Et enfin, parce que quand toute la presse mondiale bruisse des galipettes présidentielles françaises, ce n'est plus le moment d'invoquer la vie privée qui est étalée dans tous les journaux.

Encore une fois, comme pour Manuel Valls le va-t-en-guerre mal conseillé, je ne trouve pas que notre président soit bien aidé. Dans ce type d'affaires, soit on nie farouchement en menaçant de nos foudres le journal qui a osé révéler de pareilles choses soit, le mal étant fait, on se débrouille pour invoquer une raison intelligente qui fasse pleurer dans les chaumières. Mais on invoque pas l'article neuf, qui donne à penser qu'on a le droit de faire ce qu'on veut pourvu que personne ne le sache. Ça fait pauvre gosse pris la main dans le pot de confiture et qui reprocherait à sa maman de ne pas avoir frappé à la porte avant d'entrer dans la cuisine. C'est minable, ça sent l'excuse bidon, facile et ça ne fait que souligner la couardise de notre président.

C'est amusant parce que j'ai déjà eu de tels cas dans ma clientèle. Je me souviens ainsi d'un type dont l'épouse néo-zélandaise un peu acariâtre avait fini par le pousser dans les bras d'une ancienne maitresse aimée dix ans plus tôt et rencontrée de nouveau par hasard. Mon patient était effectivement un peu lassé par son épouse, laquelle venant d'avoir un enfant faisait sans doute une sorte de dépression post partum sans l'admettre ni se soigner.

Et voilà, que Dieu ou le diable, mit face à la lui par le plus grand des hasards une ancienne relation qu'il n'avait pas épousée à l'époque mais qu'il avait beaucoup aimée. Bien sur, les circonstances le rendant fragile et prompt à céder à la tentation, il avait remis le couvert et sous des prétextes divers, il avait revu moult fois son ancienne maitresse, laquelle se montrait douce et aimante et aussi mariée que lui de son côté.

D'hôtels d'aéroport en hôtels de salles de conventions où se tiennent différents congrès, leurs amours adultérines s'épanouissait pleinement. Et pour parfaire les choses l'épouse acariâtre avait voulu passer six mois chez ses parents en Nouvelle-Zélande laissant libre cours à son mari pour vivre son aventure extra-conjugale. Tput serait allé dans le meilleur des mondes si le mari de la maitresse, rendu méfiant par la conduite de son épouse, ne l'avait pas proprement espionnée. Tant et si bien que de filatures discrètes en exploration de SMS, il avait eu la certitude non seulement qu'elle le trompait gaillardement mais aussi le nom de celui qui l'avait rendu cocu.

Et là, la vie de mon cher patient avait changé ! D'appels anonymes en courriers vengeurs déposés jusque sur sa boîte mail, le mari lui avait proprement pourri la vie, n’hésitant pas à téléphoner à son patron directement. Tout cela, il pouvait à peu près le gérer mais d'ici quelques mois, l'épouse allait rentrer dans de l'hémisphère sud et là, il avait terriblement peur de sa réaction. Car pris sur le fait avec la main dans la culotte de sa maitresse, il ne doutait pas que son épouse outragée, ne reparte immédiatement en Nouvelle-Zélande emmenant avec elle leur petite fille !

C'est donc un pauvre gars pantelant et bourré de lexomil que j'avais vu débarquer dans mon cabinet, me priant instamment de l'aider à se dépatouiller de cette situation embarrassante. Partant des faits allégués, on devait d'abord savoir jusqu'où irait le cocu outragé. Et s'il devait aller assez loin pour que l'épouse ait vent de la relation extra-conjugale, quel histoire mettre au point afin de tenter de conserver les liens du mariage.

Avec ses renseignements, j'avais totu d'abord profilé le cocu, tentant de m'en faire une bonne répresentation psycholigique afin de deviner le plus fidèlement possible la manière dont il agirait par la suite, s'il allait se calmer ou non. Pour ce faire, outre les caractéristiques classiques, telles que sa profession, son âge, etc., j'avais aussi lu les SMS et autres mails vengeurs qu'il balançait à mon patient mais aussi leur fréquence. Pour l'histoire qu'il pourrait raconter à son épouse s'il était pris, c'était simple. Compte tenu des preuves flagrantes d'adultère, il ne s'agissait plus de nier, c'eut été impossible et encore moins d'invoquer le respect de la vie privée comme notre président, c'eut été stupide.

Non, il fallait que sa tromperie, ce truc crapoteux accompli dans les Hilton de France et de Navarre se transforme habilement en une sorte de descente aux enfers d'un pauvre homme qui n'ayant jamais su comment aider son épouse à se sortir de sa dépression post partum, avait lui aussi flanché et déprimé au point de commettre l'irréparable. Bref, le coupable devenait par la grâce d'une belle histoire bien ficelée, à vous arracher des larmes, une pauvre victime codépendante de son épouse, entrainé malgré lui dans une relation adultérine qu'il n'avait jamais voulu. Croyez moi l'hsitoire était belle et crédible et je suis sur qu'eussions nous été jusque là, que cela aurait marché et que le mariage aurait été sauvé.

Fort heureusement, la personnalité du cocu que j'avais perçu au travers de ses comportements m'incitait à penser que tout cela n'était que de la gueule et qu'il n'irait pas bien loin. Qu'il s'agissait d'un pusillanime plus enclin à noyer son chagrin dans l'alcool que prêt à mener une guerre sans merci à son rival. J'en étais persuadé ! De fait les SMS et autres mails s'étaient espacés pour finalement cesser.

Semaine après semaine, mon patient, récupérait mais restait anxieux à l'idée que l'autre ne connaisse qu'un répit pour recommencer à le harceler. Je le rassurais du mieux possible tandis qu'il piochait dans sa boite de lexomil pour apaiser l'angoisse. Mais j'avais eu raison et quand l'épouse était rentrée du bout du monde, les récriminations du mari outragé avaient cessé. Sans doute que l'épouse du cocu, tout aussi coupable avait aussi de son côté fait en sorte qu'il s'assagisse. 

Quelques mis après, mon patient parti avec sa petite famille s'installer aux USA, en Californie où il avait trouvé un poste. J'eus le plaisir de recevoir une jolie carte postale non signée avec juste les mots "Tout va bien, merci beaucoup". 

Bien sur avant de partir, au cas où mon patient aurait eu la sotte idée de s’épancher pour évacuer sa culpabilité, je lui avais bien rappelé l'adage de nos grand-mères : n'avoue jamais même la tête sur un billot, continuer à nier s'il n'y a pas de preuves. Et puis cette culpabilité qui le tarauderait durant quelques temps était le prix à payer pour ses turpitudes. Ce n'est pas parce que je lui avais sauvé la peau et son mariage qu'il ne devait pas payer le prix de sa faute morale ! Je suis psy et non avocat, j'ai une morale moi !

La fidélité, une vive démangeaison avec défense de se gratter !
Aurélien Scholl


11 Comments:

Blogger Valérie said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

13/1/14 2:41 PM  
Blogger V. said...

Sûrement que chez les bourgeoises qui ne veulent pas perdre leur train de vie, votre histoire pour sauver le couple aurait fonctionné.
Mais chez une fille qui n'est pas diplômée et se débrouille plutôt seule, cela ne serait pas passé.
Quant à n'avouer jamais s'il n'y a pas de preuves, vous ne pouvez jamais savoir s'il n'y a absolument aucune preuve et s'il n'y en aura jamais.

13/1/14 10:46 PM  
Blogger philippe psy said...

@V. : vous me prenez pour un débutant ? Il y a toujours une bonne histoire à raconter selon le public.

14/1/14 12:30 AM  
Blogger V. said...

@ Philippe Psy : débuter chaque jour quelque chose de nouveau pour l'accomplir serait pourtant une très bonne chose. :-) Même s'il y a toujours une bonne histoire à raconter il n'y a pas toujours une sotte ou un idiot en face du conteur.
biz.

14/1/14 10:44 AM  
Blogger Lili onthebeat said...

"Sûrement que chez les bourgeoises qui ne veulent pas perdre leur train de vie, votre histoire pour sauver le couple aurait fonctionné.
Mais chez une fille qui n'est pas diplômée et se débrouille plutôt seule, cela ne serait pas passé."

Cette vision binaire me semble diablement simpliste, mais peut-être provient-elle d'une débrouillarde qui garde un oeil envieux sur le confort idéalisé de la bourgeoise.... : )

21/1/14 9:50 PM  
Blogger Lili onthebeat said...

"Sûrement que chez les bourgeoises qui ne veulent pas perdre leur train de vie, votre histoire pour sauver le couple aurait fonctionné.
Mais chez une fille qui n'est pas diplômée et se débrouille plutôt seule, cela ne serait pas passé."

Cette vision binaire me semble diablement simpliste, mais peut-être provient-elle d'une débrouillarde qui garde un oeil envieux sur le confort idéalisé de la bourgeoise.... : )

21/1/14 9:51 PM  
Blogger Lili onthebeat said...

"Sûrement que chez les bourgeoises qui ne veulent pas perdre leur train de vie, votre histoire pour sauver le couple aurait fonctionné.
Mais chez une fille qui n'est pas diplômée et se débrouille plutôt seule, cela ne serait pas passé."

Cette vision binaire me semble diablement simpliste, mais peut-être provient-elle d'une débrouillarde qui garde un oeil envieux sur le confort idéalisé de la bourgeoise.... : )

21/1/14 9:51 PM  
Blogger V. said...

@Lili : meuh non c'est pas simpliste... allons... ce n'est pas consensuel, c'est pour cela que vous ne pouvez pas comprendre :-)

24/1/14 12:30 PM  
Blogger Lili onthebeat said...

Eeet jamais deux sans trois...

24/1/14 7:05 PM  
Blogger Lili onthebeat said...

Pas consensuel, ni simpliste à l'heure où l'institution du mariage est à l'agonie et où l'on a survendu du rêve d'indépendance aux femmes ?
Mais si, mais si, même la bourgeoise préfère encore sacrifier son confort que sa fierté mal placée...

26/1/14 12:37 AM  
Blogger V. said...

@Lili : ça a un sens votre réponse ? Le mariage s'en va de la caisse et ça vous chagrine ? "on" (quel "on" ?) vous aurait vendu (fallait pas l'acheter :-) ) du rêve d'indépendance ? Que n'optez vous pour la jupe plissée bleu marine pour votre avatar au lieu de vous balader en short ?
:-)
Une bourgeoise qui sacrifie son confort au nom de l'adultère n'est pas une bourgeoise. L'adultère étant bourgeois, par définition.
allez, je me sauve, j'ai un avortement demain matin :-)

27/1/14 1:55 AM  

Enregistrer un commentaire

<< Home