01 février, 2016

Suicide by cop !


Le 7 janvier dernier, un homme se présentant dans un commissariat parisien, armé d'un hachoir et criant Allah Akbar a été abattu par des policiers. Au même moment, je recevais un jeune capitaine de police. Comme je lui annonçai la nouvelle qui venait d'arriver sur les dépêches de mon i phone, ce dernier ne sembla pas plus surpris que cela et se contenta de me dire d'un ton dégagé : suicide by cop.


Le suicide by cop ou suicide par police interposée est une méthode de suicide par laquelle une personne agit délibérément de manière menaçante vis à vis d'un représentant armé des forces de l'ordre en vue de provoquer une réaction mortelle de sa part.

C'est vrai que ces derniers temps on a pu voir, soit des attentats rigoureusement organisés comme ceux de Charlie Hebdo ou ceux du treize novembre, mais à côté de ceux-ci, on a aussi pu assister à des comportements totalement  aberrants.

Ces comportements amènent alors des personnes que les services qualifient de déséquilibrés à se comporter comme des terroristes alors que manifestement, ils n'appartiennent pas aux mouvances islamistes si ce n'est pas le truchement de quelques lectures par internet ce qui peut sembler assez banal à une époque où tout est disponible en ligne, quelle que soit l'option politique retenue.

Certains peuvent avoir des casiers judiciaires chargés et n'être pas pour autant des terroristes mais de simples condamnés de droit commun qui un jour, à la faveur des événements ou sans doute de l'actualité, vont basculer et se mettre à adopter des conduites irrationnelles comme celle consistant à prendre d'assaut seul un commissariat.

Il faut savoir que parmi ceux que l'on nomme les "droits communs" figurent un certain nombre de personnes souffrant de pathologies soit jamais détectées soit jamais soignées ou ayant cessé leur traitement. Qu'ils s'agissent de bipolaires ou de schizophrènes en rupture de soins ou encore de personnalités pathologiques, tels des paranoïaques, nombreux sont ceux qui du fait d'une pathologie sont amenés à adopter des comportements anti-sociaux. Les criminels ne sont pas tous des sociopathes géniaux et rationnels ayant choisi de leur plein gré le mauvais chemin, loin s'en faut.

Bien entendu, la réciproque est vraie aussi et le fait d'être schizophrène ou bipolaire n'entraine évidemment pas un parcours délinquant ou criminel, fort heureusement. Cependant, la fragilité de ces patients, leur isolement social, leur parcours fait de rupture successives et d'incapacité à s'insérer dans un cadre sentimental ou professionnel peut en faire de bons candidats au crime. 

Et si l'on peut admettre qu'ils sont autant victime d'eux mêmes que leurs prpores victimes, le droit les reconnait tout de même coupables puisque selon l'article 122-1 du Code pénal, « N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes ». 

Une personne atteinte de tels troubles sera donc considérée irresponsable si ceux-ci ont affecté son discernement au moment des faits puisqu'elle n'a pas pu contrôler ses actes en raison d'un trouble mental et ne sera pas jugée responsable de ces derniers. La personne pourra bénéficier d'un non-lieu de la part du juge d'instruction, ou bien d'un acquittement ou d'une décision de relaxe de la part de la juridiction pénale. Si la personne est considérée comme dangereuse pour la société en raison de son trouble mental, une décision d'internement sera prise. C'est évidemment une question que l'on posera aux experts psychiatres en charge d'examiner ces personnes.

A coté de tous ces cas bien connus et répertoriés impliquant des pathologies souvent lourdes, existent aussi des personnes dépressives se sentant à un moment donné de leur vie totalement privée d'avenir. Souvenons-nous que la dépression se caractérise par une humeur triste et une perte de l'élan vital et qu'elle peut toucher n'importe qui avec une acuité plus ou moins importante à différents âges de la vie.

Voici plus de vingt ans, c'était l'affaire Rey-Maupin qui mettait la France en émoi puisque ce tandem de jeunes tueurs se terminait route dela Gravelle dans le bois de Vincennes dans une fusillade au cours de laquelle cinq personnes dont trois policiers et Audry Maupin alors âgé de vingt-deux ans décéderont. 

Si l'on regarde les éléments biographiques d'Audry Maupin, étudiant en philosophie, on notera un ancrage politique à l'extrême gauche avec cependant un engagement associatif important. Ce genre de jeune idéaliste, qu'ils se situent à l'extrême gauche ou droit ou dans une mouvance religieuse, sont le terreau idéal pour des actions militantes extrêmement violentes. Tant leur âge, que leurs fréquentations ou leurs lectures en font les candidats idéaux pour des aventures sans lendemains se terminant par une forme de suicide by cop.

De simples criminels de droit commun auxquels on ne peut reprocher aucun engagement militant pourront aussi choisir cette voie pourvu que le panthéon des gloires auxquelles ils se réfèrent soit peuplé d'individus violents et jusqu'au-boutisme. On ne saurait mesurer ce qu'un simple film comme la seconde version de Scarface aura fait comme victimes, ces jeunes voyant dans la fin du bandit interprété par Al Pacino l'essence même du héros romantique que rien n'arrête et qui place son idéal au-delà de toute mesure.

On parlera alors de comportement ordalique (jugement de Dieu) qui est un est un comportement à haut risque, motivé par un besoin de jouer avec la mort ou de revitaliser son existence. On parlera aussi parfois d'une "appétence traumatophilique" ou! encore "d'ordalisme", qui est un fort désir de prouver l'intérêt de vivre en la risquant, comme dans les cas de sports extrêmes ou de conduites à risque. Il s'agit alors de la recherche exclusive de l'intensité de la vie, du plaisir total et du refus d'une vie économe qui durerait longtemps mais n'apporterait aucun sel.

Parfois un criminel ou un terroriste abattu par la police n'en est pas vraiment un, c'est juste ce que l'on nomme trivialement un "paumé", un pauvre type jamais pris en charge psychologiquement ou bien dont la prise ne charge aura été mal faite. C'est aussi parfois la victime d'un système qui glorifie des comportements adolescents au détriment de la raison.

Confronté à une existence médiocre, ils préféreront alors mourir dans un coup d'éclat plutôt que de recourir à tout autre moyen d'en finir. D'ailleurs, je gage que si l'on avait demandé à ces gens là s'ils étaient suicidaires, la plupart auraient répondu que tel n'était pas le cas, car ils n'ont pas les capacités de comprendre que leurs comportements ne sont en rien rationnels mais appartiennent plutôt à la sphère des actes ordaliques.


2 Comments:

Blogger Kevin Macarry said...

Pauvre paumées.Ils prennent tarif

3/2/16 1:28 AM  
Blogger Sévère said...

"Ordalisme", "comportements ordaliques", "appétence traumatophilique".

Vous allez rire ou du moins sourire, mais maintenant que vous m'avez appris ces termes savants, l'on va daigner m'écouter sans ricanement entendu dans certains cénacles officiels.
Les baveux et siégistes que j'ai la malchance de côtoyer vous riront au nez s'il vous prend à l'idée de parler de "paumés en voie de radicalisation". Il est de coutume pour les demi-habiles qu'ils sont de se borner à dénoncer la forme pour préjuger du fond, de scruter à l'envi le champ lexical employé pour vous moquer publiquement. Recevabilité avant bien fondé ; Godwin avant Descartes.

Bref, merci de cet article Monsieur Philippe!

6/2/16 11:32 AM  

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