30 juillet, 2016

Jésus suite et fin !


Ce fut presque ma dernière séance de juillet. En tout cas, ce fut la plus tardive. Cela faisait quelques semaines que je travaillais Jésus au corps. La possession d'accord, s'il voulait. Pourquoi pas ? Face à l’inconnu, une explication en vaut bien une autre.

De mon côté, j'avais évacué les explications rop rapides du type schizophrénie et troubles bipolaires. Pour cela, je m'étais même engueulé avec des médecins pour qui je prenais des risques insensés en gardant Jésus dans ma clientèle alors que sa place eut été dans un établissement spécialisé à faire de la peinture sur soie, en bavochant, bourré de neuroleptiques.

Comme je ne suis pas tout à fait demeuré, j'avais fait évaluer mes conclusions par deux vieux psychiatres qui m'avaient tous les deux confirmés que Jésus n'était ni schizophrène ni bipolaire. Quant à savoir ce qu'il avait, ils restaient perplexes. Les deux étant croyants, ils n'évacuaient pas un problème spirituel même s'ils restaient réservés quant à l'explication de possession. Non qu'ils n'y crussent pas mais simplement que leur formation ait constitué un rempart trop important pour que le surnaturel s'y invite vraiment.

J'avais aussi fait examiner Jésus par tout ce que je connaissais de médecins compétents et ouverts d'esprit et notamment par deux neurologues ouverts d'esprit. Si le premier, sommité mondiale dans son domaine, me renvoya Jésus en me disant qu'il n'avait rien lié à son domaine d'expertise, le second m'expliqua la même chose tout en me demandant s'il n'y aurait pas de l’hystérie dans ce comportement étrange. Le mot était lâché, l'hystérie, cette explication bien facile qui permet de regrouper ce qui échappe tant aux examens biologiques qu'à la raison raisonnante. 

Pourtant, connaissant bien ce neurologue, un type intelligent et fin, je sais qu'il n'employait pas ce terme comme tous ceux qui s'abstiennent du moindre travail pour rendre le patient responsable de son état mais pour mettre un mot sur un comportement qui lui semblait totalement psychogène. Jésus produisait donc lui-même ce foisonnement de symptômes. Et pour le coup, j'étais bien d'accord avec le Dr P. ! Cela confirmait que le cas Jésus n'entrait pas dans le cadre des pathologies graves qu'on avait voulu lui reconnaitre. Jésus était malade mais pas au sens psychiatrique. Jésus me semblait malade de lui-même.

Naviguant sans cesse du spirituel au psychologique, bien que j'aie souvent expliqué à Jésus que je n'étais pas prêtre, je tentai alors de faire une synthèse de tout cela. Oui, Jésus était possédé mais par une idée fixe et quasi délirante et obsessionnelle. Pour ma part, cet appel incessant envers dieu qui aurait du le sauver fleurait bon la culpabilité. Ce n'était pas faute d'avoir échafaudé des scénarios de tout ce qui aurait pu le mettre dans cet état. Mais si Jésus m'écoutait, il n'en démordait pas, il était possédé, point barre. Ce qui lui arrivait était du fait du malin et non psychogène. Sa guérison serait miraculeuse ou pas.

Il fallait donc que je parle le langage de Jésus. Le langage psychopathologique, trop froid et méthodique, lui glissait dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard. Seules des explications un peu "magiques" étaient acceptées et débattues. Dieu m'inspira-t-il ? Je n'en sais rien, toujours est-il qu'un jour, alors que j'étais un peu excédé d'être si proche de la vérité sans pour autant réussir, je lui expliquai qu'il possédait en lui des capacités d'auto-exorcisme. Mon point de vue l'intéressa.

J’échafaudai l’hypothèse selon laquelle les exorcistes successifs dont il avait bénéficié étaient comme des charges rapides d'une batterie mais que si jamais il ne tournait la clé de contact, le moteur ne redémarrerait jamais. Ce n'est sans doute pas exactement ce que je lui ai dit mais c'est la manière la plus simple d'expliquer l'idée qui m'était venue. En tout cas, j'avais parlé à plusieurs reprises d'auto-exorcisme un peu comme si, enseignant le piano, j'avais expliqué à un élève que si entre les cours, il n'approchait jamais d'un clavier, les progrès n'arriveraient jamais. Et ma foi, si son état n'était guère amélioré, ses idées un peu délirantes diminuaient. Jésus est un garçon obstiné et têtu mais je crois l'être deux fois plus que lui. Si j'ai raison, je n'aime pas qu'on me résiste. Et puis je suis payé pour réussir même si je n’oublie pas que je n'ai qu'une obligation de moyens.

Et puis vint ce jour de la fin juillet. Je venais de rentrer chez moi. Il était aux alentours de 22h45. Je venais de m'asseoir dans mon canapé après avoir salué mon épouse. J'allais diner. Je reçois alors un SMS de Jésus qui m'explique que les choses bougent dans sa tête. Il me dit qu'il peut être là dans vingt minutes à mon cabinet. Je lui réponds que je n'y suis plus. Je lui dis de me laisser un quart d'heure, le temps de manger un truc, de boire un café et de fumer une cigarette et qu'ensuite on se rejoint sur Skype.

Mon épouse est un peu agacée ce soir là. Elle me dit que je rentre toujours tard et qu'en plus il faut que je fasse une séance à pas d'heure. Je lui explique que là, il s'agit de Jésus, qu'il vient de perdre les eaux et que l'accouchement est imminent. Que penserait-elle du Touffier si alors qu'une de ses patientes est sur le point d'accoucher, il restait dans sa chambre de garde à regarder une série débile ou des bastons de filles sur Youtube ? Elle a obtempéré face à de tels arguments.

J'ai donc grigoné un truc, bu un café froid en fumant une clope et je suis monté à mon bureau. Jésus n'a jamais réussi à démarrer Skype, alors on s'est parlé au téléphone. Et là, tel un abcès mur qui ne demanderait qu'à se percer pour libérer de tout son pus, il m'a parlé, parlé, parlé et encore parlé. Il m'a parlé de sa vie entière, de son enfance à maintenant, il a relié tous les évènements qu'il avait connus, expliqué le pourquoi du comment de ses errements, il a tout dit.

Moi d'habitude si bavard, je n'ai rien dit, j'ai écouté religieusement. De temps à autre, je pressais un peu l'abcès pour que le pus s'écoule. Il a tout balancé, tout ce que j'avais imaginé et même d'autres choses qu'il n'avait jamais dites. D'ailleurs, je ne sais pas vraiment ce qu'il a dit. Je ne m'en souviens plus vraiment. C'était une avalanche de mots et d'émotions. Je savais juste que c'était la fin de son calvaire, le reste m'importait peu. Ça tournait autour de l'idée de culpabilité et c'est tout ce qui m'intéressait. 

Puis, après s'être ainsi vidé, vidangé, après qu'il eut enfin accouché de ses idées morbides, sa voix s'est apaisée. On a rigolé histoire de descendre un peu sur terre. J'ai su que tout était fini et bien fini et lui aussi. Comme je connais bien sa mère et qu'elle était bien plus qu'inquiète depuis plus d'un an, je lui ai demandé la permission de lui envoyer un SMS pour la rassurer. Ce qu'il m'a bien sur autorisé. Il m'a d'ailleurs dit qu'il irait la rejoindre en vacances dans deux jours pour se reposer. On a raccroché après deux heures passées au téléphone.

J'ai envoyé un SMS à sa mère dans lequel je lui ai dit que suite à une longue séance qui venait de s'achever, son fils était de retour dans le monde des vivants et qu'il serait avec elle dans quarante-huit heures. Le surlendemain, j'ai fermé le cabinet sans avoir revu Jésus.

Durant le mois d’aout j'ai demandé succinctement de ses nouvelles à sa mère pour voir si cela se maintenait. Elle m'a rassuré en me disait qu'il allait bien, qu'elle l'avait retrouvé. De retour au cabinet, j'ai trouvé un petit mot de sa part me remerciant de lui avoir évité l'internement. C'était vraiment gentil et j'ai été touché.

S'agit-il d'un phénomène d'auto-persuasion ? Sans doute que oui, en partie. S'agit-il de possession, sans doute que oui aussi en partie. Du moins si l'on veut bien admettre qu'à la lisière de notre conscience sont tapies des bien vilaines idées qui peuvent nous envahir et nous faire perdre notre libre arbitre. Le diable peut prendre bien des formes. En tout cas ce n'était pas de la folie. C'était un de ces cas étranges où le spirituel et le psychologiques s'intriquent l'un et l'autre pour faire perdre pied. 

Ce n'est évidemment que mon avis, libres à ceux qui auront vu Jésus su auront lu son histoire sur son blog de se faire son idée. Pour ma part, je savais ce que cela n'était pas, à savoir de la bonne grosse pathologie psychiatrique. Pour le reste, j'ai un peu navigué à vue, angoissant à certaines moments, étant rassuré à d'autres. J'intuitais vaguement une telle issue me contentant au fil du temps de le relier au monde des vivants. 

Suis je le seul qui  aurait pu le sortir de là ? Bien sur sur que non, je n'aurais pas cet orgueil ! Étions nous nombreux à pouvoir l'aider ? Sans doute que non dans la mesure où il fallait être plus malin que savant et avoir une foi de charbonnier bien plus qu'une véritable érudition religieuse. Pour ma part, j'ai fait mon boulot. J'ai bataillé ferme, je n'ai jamais dételé et c'est ce qui me plait. L'idée d'avoir tenu tête à un chef d'un service de psychiatrie et de lui avoir fait rendre gorge n'est pas désagréable non plus. Mais ça c'est de la gloriole imbécile, de l'orgueil de petit mâle crétin. Que voulez-vous, je suis en partie esclave de ma biologie et donc de ma testostérone. Nous les mâles, on a des conflits de territoires.

Il restera toujours des zones d'ombre. Par exemple, un jour qu'il grognait dans mon cabinet, au point que je n'étais vraiment pas rassuré, je l'avais filmé pour conserver la preuve de ce que je vivais. Ce jour là, une heure après, la batterie de mon téléphone, un Androïd que j'avais acheté pour remplacer un Iphone a rendu l'âme. Que s'est-il passé ? Rein d'autre qu'une batterie défectueuse diront les être pragmatiques et j'en fais partie. Peut-être autre chose penseront les individus prompts à voir des signes dans de tels évènements. 

Jésus va bien, c'est l'important. Le reste est de la littérature. Le dossier Jésus est bouclé.

6 Comments:

Blogger Kevin Macarry said...

C'est quand même fou qu'il se soit fait posséder juste pour du simple yoga,après tout c'est pas comme si il avait pratiqué du spiritisme ou magie noire ou si il vivait dans un endroit hanté.Après pour le coup du tel quel est le model? et es ce que la vidéo était stocké sur une carte sd ou sur la mémoire interne? pourquoi ne pas avoir cherché à changer la batterie du coup?

Enfin selon la marque et le modèle cela peut s'expliquer, par ex mon ancien tel aura duré à peine deux ans avant de commencer à planter et à se bloquer tout seul au démarrage sans aucune raison.

16/10/16 7:44 AM  
Blogger menvusa gerard said...

Il vs aura donne du mal celui la!!!!!

16/10/16 9:15 AM  
Blogger filleàgentils said...

Heureusement que vous l'avez guéri!
Le père Amorth a rendu l'âme il y a quelques mois, que lui serait-il resté???

Sandra

16/10/16 7:12 PM  
Blogger H. said...

Bonjour,

Super intéressant. Ça mériterait un dossier spécifique "Jésus" regroupant tous les billets sur ce sujet.

Bonne journée

17/10/16 9:59 AM  
Blogger Kevin Macarry said...

Par contre j'attend toujours que la catastrophe anoncait par Jesus se réalise :)

30/10/16 7:22 AM  
Blogger E-S said...

C'est marrant comme, plus on est intelligent, mieux on s'invente des déraisons de refuser une guérison qu'on s'est persuadé ne pas mériter.

31/10/16 12:03 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home