11 novembre, 2016

Apparitions !


C'est aujourd'hui le onze novembre et comme toujours depuis dix ans que je tiens ce blog, voici un petit article pour commémorer ce jour. Aujourd'hui parlons de grandes mystiques.

Il se trouve que cet été, comme je traînais un peu dans l'est de la France, dans ce qu'on appelle la diagonale du vide, cette bande de territoire où il n'y a rien ou presque et où il n'y aura bientôt plus rien du tout, je me suis dit que quitte à être dans le trou du cul du monde, autant en profiter pour voir les curiosités locales. Aussitôt dit, aussitôt fait et je décide donc de faire un détour par Domremy-la-Pucelle, localité qui vit naitre Jeanne d'Arc un 6 janvier 1412.

Déjà, il s'agit de trouver l'endroit paumé au milieu de nulle-part et on ne peut pas dire que le département des Vosges ait beaucoup insisté pour l'indiquer ! On pourrait passer juste à côté sans qu'un panneau ne l'annonce. A croire que la région est bourrée de monuments et croule sous le tourisme.

Le contact avec Domremy-la-Pucelle est un peu rugueux. Il est 13h45 et lorsque j'entre dans l'unique restaurant de la ville pour demander si ils servent encore, j'essuie un "non" mal-aimable. Enfin, c'est peut-être une manière de communiquer des gens du cru. A moins que ce restaurant ne fasse un tel chiffre d'affaires qu'il puisse se permettre d'envoyer "chier" les clients. C'est vrai qu'en province, se pointer à 13h45 pour déjeuner, c'est assez fou. Quoiqu'il en soit, nous ne déjeunerons pas et partirons faire la visite de la maison de la Pucelle.

Il y a quelques dizaines de voitures sur le parking. Ce n'est pas l'affluence du château de Versailles. On sent que l'on ne va pas se marcher dessus. Tout d'abord, visite de l'église où fut baptisée Jeanne qui est restée la même si ce n'est qu'ils ont inversé l'entrée ! J'en profite pour mettre un cierge à la Pucelle en lui demandant d'intercéder auprès de Dieu pour qu'il nous débarrasse des socialistes. Ça ne peut pas faire de mal !

Ensuite, nous nous dirigeons vers la maison de Jeanne, celle où elle vécut vraiment et qui n'a pas bougé depuis le XVième siècle. Tout est en l'état et comme c'est très petit, cela se visite vite ; les alentours sont bien tenus avec la présence d'un petit jardin médiéval où poussent des simples. On se dirige ensuite vers le musée proprement dit qui est un bâtiment moderne dans lequel est restitué la vie de Jeanne à son époque au milieu de la guerre de cent ans. C'est le moment de se remémorer tous ces noms jadis appris et à peu près oubliés. 

Notons qu'une petite cinéscénie permet de restituer tout cela avec des personnages en costume et une voix off qui nous raconte les débuts de la fameuse guerre de cent ans. Dans un coin, figure même un turc dont on apprendra qu'il ne jouera aucun rôle puisque l'empire ottoman n'a effectivement aucun lien avec la guerre de cent ans. C'est sans doute la résultante du vivre-ensemble qui fasse que dans un endroit où il n'a rien à faire, on trouve tout de même un turc. En revanche les tribus amazoniennes ont été clairement stigmatisées puisque aucun Bororo ou Kalapalo n'est présent ! Sur le moment j'ai envisagé dès mon retour de monter un collectif afin de lutter contre cette odieuse discrimination !

Notons aussi que si on restitue l'histoire de Jeanne, aucune mention n'ait faite de sa canonisation. Ici, en terres muséographiques, on ne retient que le personnage historique mais on combat clairement le goupillon. On souscrit à une très rigide laïcité qui fait que Jeanne d'Arc nait, vit et meurt à Rouen en 1431. Ce qui se passe après, on s'en fout, ça n'existe pas. La béatification de 1909, la canonisation de 1920 et le culte fervent dont elle fut l'objet ne sont pas enseignés. Fin de la visite.

De retour sur Paris, lorsque mes rendez vous ont repris et qu'on a parlé de vacances avec mes patients, j'ai dit que je m'étais rendu sur le lieu de naissance de Jeanne d'Arc. J'ai été très étonné que la plupart ne sachent pas où elle était née. Pour moi, né en 1967, Jeanne d'Arc était née à Domremy en Lorraine. Certes j'aurais été infichu de le trouver sur une carte pas plus que de savoir dans quel département était situé le village. Mais Domremy m'était familier. 

J'ai même pu constater qu'il y avait un clivage entre les gens nés avant 1977 et les autres. Tandis que les premiers connaissaient l'endroit, les second n'en connaissait pas le nom. Comme me l'a expliqué une jeune patiente, ayant pourtant deux ans d'avance et actuellement en cinquième année à l'IEP de Paris, c'est une question de génération. Elle n'avait pas tort. Ce que j'ai appris ne différait sans doute pas vraiment de ce qu'ont appris les dix générations qui m'ont précédé. Puis, les réformes et le pédagogisme à haute dose sont arrivés et l'histoire a été enseignée différemment. Quant à moi, j'en suis un peu resté au Tour de la France par deux enfants. Ça commence à dater ! J'ai connu le tableau noir et les craies et ma première institutrice était née en 1906.

Jeanne d'Arc deviendra le symbole de l'unité nationale durant les deux guerres. Et bien qu'elle fut canonisée, on en fit une sorte d’héroïne laïque, la figure d'une France qui ne se résout pas à abandonner quand tout semble fini.

C'est sans doute l'exemple de Jeanne d'Arc qui incita Claire Ferchaud lors de la première guerre mondiale à l'imiter. Cette religieuse, native de Loublande en Vendée, entrée en religion sous le nom de sœur Claire de Jésus Crucifié, fut une mystique dévote du Sacré-cœur de Jésus qui pendant le premier conflit mondial prétendit s'être fait confier une mission par le Christ.

A la fin de l'année 1916, en pleine bataille de Verdun, elle explique qu'elle aurait eu une vision de Jésus lui montrant son cœur « lacéré par les péchés de l’humanité » et traversé par une plaie profonde encore  : l’athéisme.

S'estimant investie d'une mission surnaturelle, elle souhaite contacter Raymond Poincaré en lui proposant, entre autre, de faire apposer l'image du Sacré cœur sur le drapeau français. Grâce à l'intervention d'un député royaliste, elle le rencontre mais ce dernier lui explique qu'il ne peut à lui seul changer la loi. Il lui promet d'en parler à la chambre des députés, ce qu'il ne fit, bien sur, jamais.

Loin de se lasser, l'année suivante elle adresse une lettre d'avertissement à plusieurs généraux d'armée en leur demandant que l'image du sacré cœur figure sur nos couleurs. On sait aujourd'hui que seul le Général Foch a consacré les forces armées françaises et alliées au Sacré-cœur l'année suivante au cours d'une cérémonie privée. 

L'église étudia les crises mystiques de Claire Ferchaud mais le 12 mars 1920, un décret du Saint-Office désavouait ses dires en estimant que les « faits de Loublande » ne pouvaient être approuvés ». Sans doute que très fragilisée par la crise de 1905, l’Église ne souhaitait plus donner de crédit à des faits surnaturels s’immisçant dans le politique. Claire Ferchaud s'est éteinte en 1972.

Aujourd'hui, Claire Ferchaud est presque totalement oubliée même si son souvenir survit néanmoins dans les milieux traditionalistes et monarchistes.

si un jour, je vais traîner mes guêtres en Vendée, je passerai par Loublande. Après être allé voir Jeanne, pas de raison d'ignorer Claire. Dès fois qu'elle ait vraiment vu quelque chose.

Pas envie d'être damné moi !