28 mars, 2020

Merci à nos héros ou la nouvelle enculerie !


Je suis évidemment désolé 'avoir employé le terme "enculerie" dans le titre de cet article mais je n'en avais pas d'autres. Ou du moins pas un qui ne soit aussi fort pour qualifier ce qui se passe avec tous ceux qui en ce moment font encore tourner la France confinée, soignants, éboueurs, personnel des grandes surfaces, chauffeurs-livreurs, routiers, etc.

Un héros, c'est celui qui se distingue par un courage ou des exploits extraordinaires et suscite l'admiration. Alors pourquoi ne pas qualifier d'héroïque, la conduite de ces corps de métier dont j'ai fait la liste non-exhaustive ci-dessus et surtout le personnel soignant qui est en contact direct avec le virus et doté de moyens dérisoires ?

A titre personnel, je ne le ferai pas. Ces gens ne sont pas des héros. Aucun d'eux n'a signé pour l'être. Aucun d'eux, dans une immense majorité, n'a songé un seul jour partir en quête du graal et construire sa légende. Même le personnel soignant dont on vante, et je suppose à juste titre, la vocation, n'a pourtant pas pour mission de se sacrifier. Certes, ce sont des métiers éprouvants où l'on est au contact de la maladie et bien sur de la mort et où l'on a l'habitude de beaucoup travailler. 

En les qualifiant de héros, on en fait des demi-dieux dont les besoins ne seraient pas les nôtres. Confrontés à la nécessité de réaliser des exploits, ces héros des temps modernes sauraient alors se priver des moyens que les "gens normaux" nécessitent.

Etre exceptionnel par essence, se distinguant par des qualités inhabituelles chez les humains, le héros est en fait presque inhumain. On le traite justement de héros parce que l'on sait que nous, êtres définitivement normaux et sans pouvoirs exceptionnels, nous serions bien incapables de faire la même chose. 

C'est là que réside justement "l'enculerie" et vous me pardonnerez encore l'emploi de ce vilain mot. en les traitant de héros, on les soustrait des contingences humaines et terrestres et on leur attribue faussement de super-pouvoirs qui leur permettront de s'en sortir et de mener à bien la quête pour laquelle ils sont nés.

Ces permet à tous les donneurs d'ordre, dans le cas de soignants, ministères de la santé, ARS, directeurs d'hôpitaux, de se dédouaner habilement des obligations auxquelles ils se sont tous soustrait. Des masques, du gel, des respirateurs, des médicaments en nombre suffisant ? A quoi bon puisque des héros s'occupent de juguler la crise. Le héros, et c'est là une de ses caractéristiques, est suffisamment malin et courageux pour faire bonne fortune bon coeur et trouver en lui-même, les ressorts nécessaires pour s'adapter. 

Après tout David a triomphé du terrible Goliath, et le Chevalier Bayard a bien affronté seul mille-cinq cent espagnols sur le pont du Garigliano en 1503 ? Alors pourquoi n'en serait-il pas de même pour nos héros des temps modernes que sont les soignants ? Traitons les de héros, flattons les et ils se comporteront comme tels et ils nous pardonneront bien vite à nous simples décideurs qui les avons envoyé au front d'avoir été aussi minables. Allez les filles et les gars, on compte sur vous, vous êtes les héros, on suit vos exploits quotidiennement ! On vous soutient de loin et on n'hésitera pas tous les soirs à vingt heures à gueuler et à taper sur des casseroles pour vous le prouver.

Quelle dérisoire pantomime pour masquer l'échec d'une politique depuis des dizaines d'années. Quand on ne veut pas écouter ceux qui risquent un jour d'aller se battre pour nous, soignants ou militaires, on est obligés d'eux d'être des héros quand la catastrophe survient . Parce que sans matériel, masques ou gants, armes ou munitions, il en faut de la détermination pour remplir sa mission.

Mais ils ont été sélectionnés pour cela. Qu'il s'agisse de la vocation des soignants ou de le défense de la patrie pour les militaires, les planqués de l'arrière qui organisent les désastres savent bien qu'ils se débrouilleront pour faire au mieux : tout en haut la cupidité et l'arnaque mais en bas le sacrifice de soi et la conscience professionnelle. Les salauds traitent les autres de héros pour mieux masquer l'injustice qu'ils leurs font subir.

Parfois pour m'amuser quand je reçois l'illustre docteur Le truffier, je le salue en lui serrant la main et en serrant son poignet de l'autre et lui adresse un vibrant : merci de tout ce que vous faites pour nous docteur. Et là, sa réaction est épidermique. Comme il me le dit avec un langage peu châtié : si tu savais combien on a tenté de m'enculer avec ses simples paroles. Lui, il a compris, il n'a plus envie d'être un héros.

J'avais lu une fois qu'un certain Sergent Lafrance, un gars de 22ans, engagé dans les Forces Françaises Libres, avait envoyé une lettre à sa mère la veille de la bataille des Ardennes où il devait décéder. Dans cette lettre, il avait écrit : nous sommes 40 000 fous qui nous battons pour 40 millions de salauds. 

Alors vous qui me lisez, soignants ou professionnels qui continuez à faire tourner le pays pendant que Brigitte s'ennuie dans son confinement à l'Elysée, ne tombez pas dans le piège, n'acceptez pas de vous faire traiter de héros !  Il sera vingt heures dans trois minutes et je ne m'associerai pas à cette bande de débiles qui hurleront de manière inepte pour vous soutenir alors qu'ils vous auront oubliés dans trois mois.

Faites le boulot mais n'oubliez pas : vous n'avez jamais signé pour être des héros. 

10 Comments:

Blogger Élie said...

Je ne suis pas soignante et je continuerai à applaudir tous les soirs, même s'il n'y a pas un seul mot à changer dans votre diatribe.

Je me permets toutefois d'ajouter mon ressenti de confinée en télétravail mais avec du temps devant elle : j'ai envie de faire quelque chose, je me sens inutile, mais une soignante (malade) que je connais m'a dit que je serais plus utile en restant à la maison (non, ce n'est pas parce que j'aurais deux mains gauches !)

De même, on nous enjoint de rester chez nous tout en nous incitant à faire partie de l'armée des ombres (je m'abstiendrai de commenter ces termes) ; cela s'appelle des injonctions contradictoires, et en tant que psy, vous devez savoir quels effets elles ont, répétées en permanence, sur les esprits.

Et comme vous êtes sur Tweeter, vous avez forcément vu ce hashtag : OnOublieraPas.

29/3/20 9:47 AM  
Blogger philippe psy said...

Je susi d'accord avec vous. Sans doute qu'au-delà de l'analyse que je fournis dans l'article, mon dandysme imbécile m'empêche de faire des choses comme tout le monde :)

29/3/20 9:16 PM  
Blogger cmosorchestra said...

Très bien dit! Pour les héros, nous avons des homme de la trempe d'Henri Virlogeux.

29/3/20 9:55 PM  
Blogger Élie said...

Peut importe que vous applaudissiez ou non, geste symbolique, vous les soutenez dans l'esprit. Des articles comme les vôtres, il nous en faudrait plus, et qu'ils soient lus par beaucoup, surtout, il est bon de remettre les choses à plat en ces moments où la plupart sont dans l'inquiétude et l'émotion.
Et puis, "dandysme" et "imbécile", ça ne va pas ensemble !

29/3/20 11:51 PM  
Blogger bernard said...

Moi même infirmier je trouve que les soignants sont les idiots utiles de la gauche, d' ailleurs chaque fois que l' on suggère de dégraisser le service public la réponse des enfoirés de la CGT est toujours la même: "comment! vous voulez moins d' infirmiers dans les hôpitaux?". Puisque vous parlez de héro, pourquoi n' avoir pas cité Richard Burton, pas l' acteur mais l' explorateur anglais. Richard Burton, soldat de l’armée des Indes il découvrit les sources du Nil, entra dans La Mecque interdite déguisé en Arabe, traduisit magistralement les Mille et Une Nuits, s'appliqua à parler une trentaine de langues, posa les bases de l'ethnographie moderne, s'initia à la plupart des perversions sexuelles et fut considéré par ses pairs comme le premier génie de son temps.

https://www.amazon.fr/diable-dhomme-Richard-Burton-laventure/dp/2752905556

30/3/20 9:54 PM  
Blogger Le Touffier said...

Qu'est-ce qui distingue un soignant du bipède ordinaire ?

Une chose et une seule : ses compétences.

Les compliments sont rares dans le métier du soin, ils se présentent toujours sous une forme particulière, les patients nous font partager leur satisfaction d'aller mieux.

Un jour une patiente a tenu à exprimer sa satisfaction d'avoir affaire à moi. Encore une fois, ce sont ses émotions qu'elle m'offrait en cadeau. Puis elle a conclu par un petit, « oui, et mon mari vous trouve compétent ».

Palmes académiques avec félicitations du Jury, prix Nobel de Médecine, légion d'honneur avec fion de hamster, haut les cœurs ! Gloria !

Aller se choper du virus en pagaille, risquer la pneumonie tueuse, où est le mérite ? N'importe qui en est capable. Un médecin n'est pas plus héroïque qu'une caissière. Et puis c'est quand même mieux payé.

Vous aurez noté que le nombre de morts quotidiens commencent déjà à s'infléchir.
Et personne n'évoque une raison hautement probable : les médecins gagnent chaque jour en compétence sur le sujet du COVID_19. Ils apprennent de leurs erreurs et repèrent ce qui marche. Ils étudient les stratégies de l'ennemi invisible.
On ne peut pas faire de scanner aux femmes enceintes ? Ils commencent déjà à publier les signes pulmonaires du COVID à l'échographie.

Observez les interviews du Pr Raoult, il insiste toujours sur sa compétence.

Vous le saurez pour l'avenir, si le caprice vous venait de complimenter un soignant, faites lui comprendre que vous avez su voir qu'il était compétent.
Que vous soyez heureux de ne plus souffrir, il s'en doute.

7/4/20 9:42 AM  
Blogger Le Touffier said...

Qu'est-ce qui distingue un soignant du bipède ordinaire ?

Une chose et une seule : ses compétences.

Les compliments sont rares dans le métier du soin, ils se présentent toujours sous une forme particulière, les patients nous font partager leur satisfaction d'aller mieux.

Un jour une patiente a tenu à exprimer sa satisfaction d'avoir affaire à moi. Encore une fois, ce sont ses émotions qu'elle m'offrait en cadeau. Puis elle a conclu par un petit, « oui, et mon mari vous trouve compétent ».

Palmes académiques avec félicitations du Jury, prix Nobel de Médecine, légion d'honneur avec fion de hamster, haut les cœurs ! Gloria !

Aller se choper du virus en pagaille, risquer la pneumonie tueuse, où est le mérite ? N'importe qui en est capable. Un médecin n'est pas plus héroïque qu'une caissière. Et puis c'est quand même mieux payé.

Vous aurez noté que le nombre de morts quotidiens commencent déjà à s'infléchir.
Et personne n'évoque une raison hautement probable : les médecins gagnent chaque jour en compétence sur le sujet du COVID_19. Ils apprennent de leurs erreurs et repèrent ce qui marche. Ils étudient les stratégies de l'ennemi invisible.
On ne peut pas faire de scanner aux femmes enceintes ? Ils commencent déjà à publier les signes pulmonaires du COVID à l'échographie.

Observez les interviews du Pr Raoult, il insiste toujours sur sa compétence.

Vous le saurez pour l'avenir, si le caprice vous venait de complimenter un soignant, faites lui comprendre que vous avez su voir qu'il était compétent.
Que vous soyez heureux de ne plus souffrir, il s'en doute.

7/4/20 9:43 AM  
Blogger Le Touffier said...

Quand ils casserolent aux fenêtres, il ne s'agit que d'une catharsis. Comme le piaf qui gazouille à l'aube, heureux d'être vivant un jour de plus. A l'abri dans leur logement comme les poilus dans leur tranchée, ils patientent pendant le bombardement viral.
Et une fois par jour ils se mettent à la fenêtre pour narguer les boches, heu... le COVID : « C'est tout ce que t'as ? ».

L'époque réclame des héros. On veut des Clostermann. Des Foulques Nerra. Les réanimateurs sont à la population française ce que Vassili Zaïtsev était pour les popofs à Stalingrad. Une troupe d'élite, des tueurs froids et méthodiques, ils massacrent des légions virales entières avec une seule injection.

C'est qu'ils connaissent pas Raoult ces connardovirus.
L'aigle de Marseille va fondre sur ces buses, l'azythromycine séculière et la chloroquine vengeresse.

La psychose soigneusement entretenue par les médias nous amène à adopter un mental comparable à celui d'une guerre de position. Bien que la menace soit fictive, nous retrouvons nos vieux réflexes : « Le virus ne passera pas ! » par moi.

Les planqués de l'arrière nous paraissent détestables. On tondra les vendues aux labos à la libération. Les traitres à la nation seront passés par les armes.

Vu qu'il ne s'agit que d'une grippe, on va surtout se sentir un peu bêtes, tant d'efforts, tant de sacrifices pour une putain de grippe.
On réclamera que des têtes tombent.
Ils nous en offriront quelques unes, le temps qu'on se calme. C'est qu'on l'aura franchement mauvaise d'en avoir autant baver pour rien.

Mais les gens seront tellement soulagés et heureux que la menace ait disparu qu'ils passeront rapidement à autre chose.
Et dés que les gens n'auront plus peur pour leur matricule, ils reprendront leurs bonnes vieilles habitudes, et se remettront à insulter le réanimateur qui n'aura pas su sauver leur papy chéri de 95 ans.
Un Français qui râle est un Français en bonne santé.

7/4/20 10:04 AM  
Blogger Élie said...

Je vais aller m'informer un peu sur ce Burton-là, vous m'avez intriguée.
Donc la CGT agite un épouvantail, au lieu d'abonder dans le sens d'un dégraissage de l'administratif, qui justement profiterait au personnel soignant, et par là aux patients.
Je ne pensais déjà pas grand chose d'eux...

8/4/20 1:08 PM  
Blogger Elie said...

On laisse faire aux héros
Tout le glorieux boulot,
Pour qu'une bande de salauds
Puisse parader dans leur dos.

Ils laissent un nom aux boul'vards
Où font rouler leurs chars
D'ambitieux charognards,
Ramasse-miettes de leur gloire.

On laisse faire aux courageux
Tout ce qui est dangereux,
Pour qu'une masse de gens peureux
Puisse vivoter derrière eux,

Pour qu'une masse de veaux soumis
Porte plus tard leur effigie
Sur des t-shirts hors de prix,
Veule et vaine idolâtrie.

Leurs idées pour seule Bible
Sont leur force invisible.
Ils feront l'impossible,
Ils vivront l'indicible.

C'est l'exil ou la mort
Qui va sceller leur sort,
Mais toujours, loin du port,
Dans leurs yeux le feu qui dort.

Et l'état, reconnaissant,
Aux héros indifférents
Dresse de bien beaux monuments -
Mais jamais de leur vivant.

Les héros sans compromis
Sauront vaincre l'oubli,
S'ils savaient à quel prix,
Voudraient-ils d'une autre vie ?

Août 2019




25/12/21 11:12 AM  

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