23 février, 2009

Pervers narcissique ! Encore !

Aucun lien avec le texte mais j'aime bien les marcassins !

Voici bien des années, alors que j'étais encore juriste, j'ai passé des entretiens d'embauche dans une banque d'affaires. Je me souviens que le dernier ces entretiens avait été mené par un directeur régional qui m'était apparu comme la pire des pourritures. J'étais sorti de cet entretien totalement humilié, en me jurant qu'un jour il me paierait cela. Je me souviens que ce crétin féru d'astrologie m'avait dit en regardant ma date de naissance : "Ah capricornes ? Pas très rapides mais sérieux, c'est bien pour un juriste". N'ayant pour le moment rien de mieux, j'avais accepté de travailler pour lui en tant que juriste.

Je me souviens que dans notre service, il y avait un pauvre type d'une timidité effroyable dont le prénom était Jean-Philippe (JP) . Diplômé à l'époque du MSG de Dauphine, ce jeune homme aurait été plus à l'aise dans un service administratif. Mais, parce qu'il était bête ou méchant, ou peut-être les deux à la fois, notre cher directeur régional l'avait affecté à un poste où il serait en contact avec la clientèle. Pour ce crétin, adepte des méthodes à la dure, cela devait servir à forger le caractère de ce grand timide chez qui il avait tout de même noté des qualités.

Ayant mon bureau en face du sien, je me souviens d'avoir souvent entendu ce pauvre gars, balbutier au téléphone. De plus, il avait un tic : dès qu'il avait une conversation un peu tendue, il tenait le combiné téléphonique d'une main, tandis que de l'autre, il se remontait les chaussettes le plus haut possible. Ce type, quoiqu'intelligent et gentil, souffrait d'une vraie phobie sociale. J'imaginais que venir travailler devait être un calvaire. Mais l'autre salaud n'en avait cure.

Je me souviens d'une scène particulièrement cruelle. Le directeur régional était rentré dans le bureau de JP le timide, en laissant la porte ouverte pour que nous entendions tous, et l'avait copieusement insulté, lui reprochant son manque d'engagement et de courage, et le menaçant d'être licencié. De mon bureau en face du sien, j'avais remarqué JP n'avait pas répondu, encaissant les méchancetés coup sur coup. Il était rouge comme une pivoine, et je pense que si nous n'avions pas été là, il aurait fondu en larmes.

Et parce que notre directeur régional était une saloperie intégrale, il nous avait démontré ce jour là, toute l'étendue de sa perversité. Car, après l'avoir agoni d'injures, il s'était radouci avant d'expliquer à JP que s'il était dur avec lui, c'était pour son bien. Puis, avant de quitter son bureau, il avait croisé ses mains en un geste curieux mais expressif et avait dit à JP : "souvenez-vous, que vous et moi, JP, on est partenaires !". Tout heureux de s'en tirer à si bon compte, le pauvre JP avait eu un regard de reconnaissance que n'aurait pas renié un labrador fidèle !

C'est ainsi que cette ordure tenait ce pauvre JP ; en alternant douche froide et douche chaude. Tellement heureux d'avoir enfin un mince compliment, ce pauvre JP était capable de se laisser avilir et humilier en public pour avoir son susucre, sa minute de reconnaissance. Là où tout individu normalement constitué aurait déjà balancé son poing dans la gueule du directeur régional, JP lui vouait de la reconnaissance. Le piège était là.

Car pour qu'un pervers narcissique puisse exercer ses funestes talents, il lui faut une victime désignée qui n'est jamais n'importe qui. Il s'agit toujours d'une personne doutant profondément d'elle-même. Pauvre fille esseulée après un chagrin d'amour ou pauvre type anciennement tête de turc dans son école, sont des proies de choix. Pour une miette d'amour ou de reconnaissance, ces personnes sont capables d'endurer les pires traitements. Quant aux pervers narcissiques, tels les lions repérant les animaux les plus faibles d'un troupeau, leurs sens leur permettent de repérer immédiatement la faille narcissique chez un autre.

Ainsi tous, nous avions beau dire à JP de ne pas se laisser traiter comme cela, il n'en démordait pas, cherchant à nous convaincre que notre directeur régional n'était pas "si méchant que cela". Face à nos arguments pourtant imparables de notre point de vue, JP évoquait des excuses telles le stress du dirigeant ou un trop-plein de caractère. Jamais, il n'aurait imaginé qu'il ait un salaud intégral face à lui. JP était comme ces pauvres toxicos que leur dealer laisse attendre des heures sous la pluie pour les humilier et qui le remercient encore d'avoir bien voulu leur vendre de l'héroïne. Tout le monde n'est pas victime d'un pervers narcissique, il faut des prédispositions psychologiques.

Je n'ai jamais eu de nouvelles de ce JP. J'ai quitté cet établissement trois mois après y être rentré. J'ai réussi dans l'intervalle à extorquer une jolie somme à mon directeur régional. Menacé des prod'hommes, il m'avait d'abord insulté et menacé de ses foudres. Je lui avais alors calmement dit très vulgairement que "je le tenais par les couilles et que je pouvais serrer encore plus fort". Lui rappelant sa remarque concernant l'astrologie, je lui avais rappelé que si nous, les capricornes n'étions pas des gens rapides, nous étions nés sous le signe du temps et qu'il avait eu tort de l'oublier parce que moi, je n'oubliais jamais rien et surtout pas la manière dont il m'avait humilié lors de l'entretien d'embauche. Il m'avait traité de tous les noms mais avait préféré transiger de crainte qu'un jugement défavorable aux prud'hommes ne lui soit nuisible. Je ne l'ai pas revu.

Cet épisode m'a montré comment fonctionnait un pervers narcissique bien mieux que ne l'auront jamais fait les cours de psychopathologie ou de clinique que j'ai pu avoir par la suite. Cette alternance d'humiliation et de compliment, cette volonté d'instrumentaliser l'autre dans son désir de toute puissance me sont restés en mémoire.

Je pense aussi que c'est pour cela, que si j'accepte que les gens se vannent entre eux, je reste toutefois toujours très sensible à la nature des propos échangés. Quand j'entends quelqu'un me dire, après en avoir humilié un autre, que "c'était juste pour plaisanter", j'ai toujours l'image de mon gros con de directeur régional en tête. Plaisanter, vanner, rigoler, ce n'est jamais humilier.

13 Comments:

Blogger marie said...

Beaucoup de profs sont sadiques et utilisent l'humiliation pour se faire plaisir....du CP au BAC. Ces types devraient être traînés en justice lorsqu'ils ne sont pas fichus dehors ! Les lâches ce sont les témoins qui ricanent des vannes de ces profs ! Bon article cela m'a fait remonter des souvenirs ...

23/2/09 6:09 PM  
Blogger Sylvain JUTTEAU said...

Et hop un p'tit coup de SPAM pour voir si ça génère du flux :

http://projeteuropeen.blogspot.com/

Nul n'est besoin de préciser qu'en cliquant sur le lien ci-dessus, vous pouvez devenir milliardaire.

Toju

23/2/09 9:40 PM  
Blogger Alexis said...

Quelques fois au cours de ma "carrière" j'ai été confronté à des pervers narcissiques. Jamais je ne leur ai céder. Ce n’est pas pour ça que c’était évident de les supporter, loin s’en faut. Et dire que leur attitude me laissait indifférent serait un gros mensonge. La première fois, je ne comprenais pas ce qui m’était tombé dessus. J’ai cru comprendre, que souvent, ils agissent par jalousie en fait. C’est possible ?

24/2/09 10:33 AM  
Blogger sanslaisserdetrace said...

C'est à la suite d'un divorce totalement inattendu, que je suis tombée sur un "ami" qui m'a violé, sans que vraiment je ne puisse comprendre ce qu'il se passait, et qu'un pervers narcissique m'est tombé dessus en suivant, comme ils savent apparemment bien le faire lorsqu'il s'agit d'achever les gens déjà bien endommagés.
Comble de "malchance", je suis tombée totalement amoureuse de cet individu. Le genre d'amour-passion, dont on ne se relève pas.
Un véritable scénario à la Tarantino qui a duré 2 ans, sauf que je n'ai jamais trouvé les caméras.
Par chance, je ne suis pas née Capricorne (encore que ma lenteur à comprendre la situation me fait douter...), mais Lion. L'histoire s'est donc terminé dans le sang. Après avoir griffé et mordu tout le monde, je me suis réfugiée en haut d'une colline dégagée où je peux agiter ma crinière (elle n'est pas longue comme celle des princesses, promis) en guise d'avertissement.
Moralité : Je ne prends plus que des douches chaudes ;)

24/2/09 12:09 PM  
Blogger dsl said...

C'est drôle mais plutôt que de dire au DR que son comportement est inacceptable, on préfère aller dire à la victime qu'elle a tort de se faire "victimiser". Lâcheté ?
Victimes et Bourreaux marchent par couple, mais il ne faut pas croire que l'un ne peut pas prendre la place de l'autre.

24/2/09 9:01 PM  
Blogger philippe psy said...

@DSL : Oui, c'est drôle en effet. Mais bon, vous n'avez jamais été en situation de travail peut être ? Vous, vous êtes un héros qui affronte ! Alors c'est que vous êtes fonctionnaire et que vous ne risquez rien.

25/2/09 2:52 PM  
Blogger dsl said...

...ou bien, je suis un pervers narcissique qui appelle à l'aide !

25/2/09 8:58 PM  
Blogger Astrale said...

Dans l'humour, il y a toujours une victime.
Et je suis d'accord, même en disant les choses en plaisantant, on les dit tout de même!
à ++

25/2/09 11:42 PM  
Blogger claudia13013 said...

Rhââa les pervers narcissiques ! que voilà une plaie pour une grande majorité de personnes doutant profondément d'elles-mêmes ou en proie à un mal-être certain.

Quand j'ai débuté à mon poste de petite dactylo, il y a 27 ans, c'était justement la comptable en poste qui avait insisté auprès de la formatrice pour avoir la "meilleure" de la promotion…. Et moi, petite nouvelle, je me croyais redevable d'avoir été choisie (faut dire qu'elle me le ressassait sans cesse !)

Et puis il y a eu les remarques, puis les insultes : "…j'étais trop nulle …trop lente …me gardait par pitié parce que j'avais des gamins à nourrir …mais je n'étais bonne qu'à garder les chèvres …je ferais mieux de démissionner et aller faire des ménages" et j'en passe.

Je me taisais, certaine d'être vraiment nulle… et puis elle avait le "pouvoir", carte blanche des dirigeants. Et puis, elel s'adressait aux autres salariés, jeunes ou moins jeunes, de la même façon, en aboyant.

Un jour, j'ai craqué : j'ai profité d'une assemblée générale pour faire adhérer des amis et faire sauter le conseil d'administration.

Son travail a été épluché à la loupe : il en est ressorti que c'était moi qui le faisait réellement alors qu'elle restait chez elle et ne venait que pour m'aboyer des ordres. Elle a été licenciée.

J'ai aujourd'hui son poste mais durant des années, j'ai toujours eu la crainte de la croiser dans la rue tant son emprise sur moi était forte. Et qu'on en vienne pas me dire que j'aurais dû réagir : je n'en avais pas le courage alors, il m'étais impossible de l'affronter.

Evidement, aujourd'hui, je ne laisse personne m'humilier ou même critiquer mon travail ou mes prises de décisions (même si j'écoute les arguments quand ils sont constructifs). Mais aujourd'hui, j'ai 50 balais et je ne doute plus de ma valeur ni de mes compétences.

26/2/09 12:16 PM  
Blogger boolo said...

"on préfère aller dire à la victime qu'elle a tort de se faire "victimiser"

dsl
peut être tu apprendras une chose c'est l'immense bien fondé de ce que dit ce bon vieux Lafontaine
"aide toi, le ciel t'aideras)

tu ne peux pas aider quelqu'un qui ne fait pas le premier pas lui-même

dans toutes les situations

un tout petit pas suffit, mais il doit être là

tu y perdras ton temps, ton courage
au pire tu peux tu noyer toi-même

ton avis Philippe?

astrale
un humour positif sans victime : l'auto-dérision
pas la rumination, le rire
tu apprends plein de choses et du recul
par exemple :"moins je parle, moins je dis de bêtises"

26/2/09 5:05 PM  
Blogger philippe psy said...

Euh, je ne pense que du bien de ce que disent mes lecteurs !

27/2/09 6:45 PM  
Blogger philippe psy said...

Euh, je ne pense que du bien de ce que disent mes lecteurs !

27/2/09 6:45 PM  
Blogger petitratpuant_92 said...

voilà je cherchais a savoir si j'etais ou pas devant un pervers narcissique. j'ai rencontré un garcon y'a dejà du temps avec qui j'ai un peu perdu la tete.
je l'ai rencontré via le net, il me disait ke j'etais belle.. puis ne voulais jamais me rencontrer; puis quand je donnais plus de nouvelles il revenait mais toujours avec des mots mais aucune action. il a reussi a me tenir ainsi pendant des mois.
je suis quelqu'un d' affectivement très pertubé et dépendante affective du coup je me suis mise a ses pied pour obtenir de lui son amour.
j'ai énormement souffert, encore aujourd'hui j'ai du mal a me dire qu'il etais un pervers.. je reste la nulle sur le coups..pas assez belle pas assez intelligente, trop vieille, trop grosse enfin voilà..
j'avais besoin d'en "parler"..merci d'avoir lu mon post.

28/9/09 9:32 AM  

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