17 mars, 2009

La peur de l'uniforme !


L'expérience de Milgram est une expérience de psychologie réalisée entre 1960 et 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram. Cette expérience vise à estimer à quel niveau d'obéissance peut aller un individu dirigé par une autorité qu'il juge légitime et à étudier le processus qui mène à un maintien de cette obéissance ; notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet. Cette expérience a permis d'estimer à quel point un individu peut se plier aux ordres d'une autorité qu'il accepte, même quand cela entre en contradiction avec son système de valeurs morales et éthiques.

C'est une expérience passionnante qui prouve que face à une autorité, le flic, le pompier, l'élu, le médecin, etc., la plupart des gens abandonnent tout sens critique et toute morale pour se plier aux ordres. Et c'est encore pire si ladite autorité, est revêtue d'attributs spéciaux : uniforme, stéthoscope, etc.

Être un héros nécessite donc des valeurs transcendant toute autorité ou bien un mépris avéré pour cette dernière. Dans la grand majorité des cas, ceux qui disent "non" seront donc soit des saints, soit des militants purs et durs, soit encore des sociopathes, mais jamais des gens "normaux".

L'écrasante majorité des gens est donc naturellement soumise et il n'est pas difficile de leur faire faire ou dire, ce qu'ils avaient juré de ne jamais faire ou dire. Pour cela, nul besoin de recourir à la torture, le recours à la figure de l'autorité suffit. Tout bon politicien le sait et le Général les avait d'ailleurs traités de "veaux" en son temps. D'ailleurs, parmi les politiciens existent aussi des soumis prêts à se renier parce que le président l'ordonne par exemple.


Vendredi dernier, quand les pompiers sont arrivés pour venir en aide à cette femme. Deux se sont occupé d'elle tandis que le troisième, une femme, une sorte de petit "pot à tabac" avec le grade de caporal-chef est passée parmi nous pour nosu demander qui les avait appelés.

J'ai dit que c'était moi. Aussi m'a-t-elle demandé ce qui était arrivé. J'ai juste dit que j'avais vu cette femme se retourner pour saluer quelqu'un. Que ce faisant, sa chaussure avait accroché une aspérité du trottoir et qu'elle était tombée à la renverse, son crâne heurtant violemment le sol. Dans le cadre d'une assistance médicale, mes renseignements auraient du lui suffire. Mais la vilaine curieuse semblait vouloir en savoir plus car un "petit flic" sommeillait en elle.

Alors, elle m'a interrogé pour savoir si cette femme sortait du café ou si elle marchait dans la rue. Elle affichait un air soupçonneux dans lequel je lisais toute la haine qu'elle portait à la confédération des cafetiers. Peut-être un père alcoolique et violent ? Allez savoir ce qui peut motiver une vocation de sapeur-pompier chez une femme ?!

A une époque où les fumeurs se retournent contre les vendeurs de cigarettes quand ils ont leur cancer, je ne sais pas quelle funeste obligation pèse sur un bistrotier dont un des clients aurait le malheur de tomber dans la rue. J'imagine, que si n'importe qui est libre d'aller au bistro, il doit forcément exister quelque loi stupide rendant le tenancier responsable au cas où le client ferait un faux pas en sortant de l'estaminet.

Aussi, pour ne pas mettre mal le cafetier que j'aime bien mais aussi pour emmerder l'uniforme, je lui ai dit que je n'en savais rien parce que je n'étais pas chargé de surveiller les faits et gestes de mes concitoyens, lesquels allaient où bon leur semblaient.

"Vous êtes sûr que vous n'en savez rien ? Vous êtes vraiment sûr que cette femme ne sortait pas du café ?", m'a encore demandé avec insistance cette odieuse "fliquette" déguisée en pompier. Alors comme elle commençait vraiment à m'emmerder, je lui ai juste demandé si elle était pompier ou flic et si elle n'avait rien de mieux à foutre plutôt qu'à poser des questions idiotes, parce que sinon, la prochaine fois j'appellerais le SAMU plutôt que les pompiers. Elle n'a pas apprécié du tout et je m'en fous. Moi, faire le 15 ou le 18, c'est pareil ! Allez donc joeur les bons samaritains et voici qu'on vous ennuie avec des questions oiseuses !

Tout aurait pu en rester là, si deux individus bien intentionnés à qui on n'avait rien demandé, n'avaient aussitôt surgi à mes côtés, en disant : "Si si, cette femme sortait du café". Ah, ils étaient beaux les deux, tout fiers d'avoir aidé un représentant de l'état. Se tenant droits et avides de répondre à toutes les questions. On leur aurait demander d'aller chercher le bistrotier pour le faire fusiller sur le champ, qu'ils auraient obéi, espérant sans doute une médaille. Le genre de mecs prêts à clamer haut et fort "qu'ils font confiance à la justice de leur pays".

Oublié le scandale d'Outreau, la présence pénible de la maréchaussée sur la route, prête à vous ôter des points pour tout et n'importe quoi, les taxes iniques, etc., et de manière générale la mainmise liberticide de l'état sur nos vies, plus rien de cela comptait. Il y avait face à eux, un petit bout de femme boudinée dans un moche uniforme avec un misérable grade de capo-chef, et les voilà qu'ils collaboraient activement.

Pourquoi ? Rationellement, rien ne les y obligeait. J'avais appelé les pompiers puis un type nanti d'un brevet de secourisme avait mis en oeuvre ce qu'il fallait pour que cette femme attende les secours. Tout le reste, une fois les pompiers sur place, ne nous regardait plus. Chacun de nous pouvait retourner vaquer à ses occupations. Si la responsabilité du cafetier devait être recherchée : c'était l'affaire de la police et non la nôtre.

Mais, il y avait la soumission à l'autorité qui sommeille chez le commun des mortels. Un peu comme dans les documentaires animaliers quand on voit les gnous traverser la rivière dans le Seringetti. Le troupeau ralentit et attend, puis les animaux de tête se jettent à l'eau, et le reste du troupeau suit. Peu importe qu'il y ait des crocodiles embusqués, si les chefs y vont alors les autres suivent.

Une fois les pompiers partis, je leur ai demandé pourquoi il avaient dit cela. Je voulais à tout prix savoir ce qui avait motivé leur envie soudaine de donner des renseignements alors que personne ne les y avait forcés.

L'un d'eux, a évoqué la peur du gendarme. Quand je lui ai objecté qu'il s'agissait des pompiers, il m'a dit qu'il avait eu peur que la police n'arrive sur les lieux ensuite pour poser des questions. et qu'il avait donc préféré parler à un pompier Lorsque je lui ai dit, qu'il suffisait de répondre qu'il n'avait rien vu. Il a semblé terrorisé. Sans doute un grand anxieux, terrifié à l'idée d'être interrogé à coups de claques avec une lampe dans la figure par la police. Il avait vu trop de films noirs et il y a cru.

Le second m'a simplement dit que lui était un bon citoyen et cela lui avait semblé naturel de collaborer avec les "autorités". J'ai alors objecté que lesdites "autorités, n'étaient représentées que par un simple caporal-chef des pompiers qui par ailleurs, ne lui avait rien demandé. C'est à ce moment là, qu'il a réalisé qu'effectivement personne ne lui avait rien demandé. mais qu'il s'était spontanément porté volontaire pour témoigner Il m'a alors répondu que "c'était comme cela, point barre". Le sentant un peu coupable d'avoir été si soumis, alors qu'il passe sa vie à jouer les caïds, j'ai ressenti son profond malaise. Alors, j'en suis resté là.

Il y a sans doute un désir atavique chez la plupart des individus de se soumettre à une autorité. Ou alors, une recherche "inconsciente" de reconnaissance, laquelle ne pourrait provenir que de cette autorité, à laquelle on attribue le pouvoir de récompenser ou de sanctionner. Je suis sûr que si cette petite nana déguisée en pompier leur avait donné des petites tapes sur la tête en leur disant "c'est bien ça, bons chiens !", ils lui auraient léché la main !

Ou bien peut-être était-ce aussi une manière d'avoir sa minute de gloire, en participant activement à ce qui était l'événement de leur soirée ! Rendez-vous compte, j'ai assisté à un accident de voie publique et j'ai été interrogé et j'ai même répondu volontairement ! Je suis une sorte de héros ! C'est aussi une explication valable.

Quant à moi, j'aime bien l'ordre mais pas de là à sucer la bite des représentants de la loi. Je n'oublie jamais que le flic sympa un jour, peut être celui qui le lendemain m'alignera parce que j'ai encore oublié de prendre la carte grise de ma voiture. Et quand je lui demanderai d'être indulgent, il sera le premier à me dire que nul n'est sensé ignorer la loi et qu'il ne fait que son boulot. Le port de l'uniforme ou d'un titre conféré par l'état aboli souvent toute humanité. L'individu se retranche derrière sa fonction et devient souvent très con.

Alors moi aussi, je fais mon boulot de "tête de con" et de "petit rebelle". Je résiste comme je peux. Ce n'est pas demain que j'entrerai dans une milice. Bien sûr en cas de meurtre, j'aurais été plus loquace mais bon, à condition qu'on me parle gentiment et avec respect. Ce n'est pas parce qu'on porte un uniforme qu'il faut oublier les convenances.

Ceci dit, je ne sais pas pour autant ce que j'aurais fait dans le cadre de l'expérience de Milgram , si j'y avais été soumis. Maintenant, tout serait faussé. J'ai lu trop de bouquins de psychologie sociale, pour me faire avoir par l'autorité.

12 Comments:

Blogger Criticus said...

« bien sûr en cas de meurtre, j'aurais été plus loquace »

Heureusement! Excellent pour le reste.

22/3/09 11:46 PM  
Blogger Vlad said...

Nous sommes effectivement une majorité à se soumettre face à un uniforme. Est-ce donc pour cela que certaines femmes se trimballent en uniforme lorsqu'elles donnent de la voix (ponctuée par un coup de fouet) à une certaine gente masculine ?

23/3/09 7:56 AM  
Blogger monoi said...

Ah, il ne se cachait pas bien loin le Psy!

Il n'y a qu'a se rappeler les horreurs que des types genre Hitler, Staline, Mao, Polpot, etc... ont reussi a faire faire a des millions d'autres pour etre un tant soi peu effraye de ce qui est possible.

Pour moi, le petit sans grade qui deviendra garde d'un camp de concentration si les circonstances s'y pretent est le plus effrayant. Le genre qui dit "je fais juste mon boulot" comme si cela l'absolvait de reflechir ou juste de penser.

Ceci dit, vu la baisse du niveau d'education en general, c'est peut etre vers ce genre de societe qu'on se dirige. Il n'y a qu'a voir comment les politiciens accusent "les banquiers" alors qu'ils sont les 1ers responsables des problemes actuels. Et les veaux suivent.

23/3/09 9:25 AM  
Blogger Marino said...

Pin....Pon...!!!
Vous auriez pu être soupçonner d'avoir fait tomber cette femme !!!

23/3/09 9:57 AM  
Blogger El Gringo said...

En tous cas pour moi c'est clair: si j'ai un accident en sortant de chez toi, je te dénonce!

23/3/09 12:10 PM  
Blogger Robert Marchenoir said...

Il y a un problème avec les femmes flics. Ou pompiers, je suppose.

23/3/09 6:03 PM  
Blogger La Blonde said...

Il est vrai que l'uniforme a tendance à faire oublier la courtoisie.

Je me souviens d'une fois où deux policiers m'ont joué un tour à la Starsky et Hutsch : j'allais traverser la rue quand ils ont stoppé leur voiture juste en face de moi, sont sortis en courant et la main sur le flingue, m'ont demandé mes papiers et entrepris de me vider les poches.
J'avais 17 ans, étais à 500 mètres de chez moi et ils n'ont pas apprécié mon manque de coopération i.e. je leur ai demandé leurs matricules...

Ceci dit, en cas de risque d'hémorragie et particulièrement de traumatisme crânien, il est crucial de savoir si la personne a absorbé de l'alcool qui a un effet vaso-dilatateur...

25/3/09 5:45 PM  
Blogger philippe psy said...

@La blonde : lorsque les pompiers sont arrivés, ils ont demandé si cette dame avait bu. Et, j'ai répondu "oui, pas mal". Quant à savoir où elle avait bu, ça n'est pas leur problème. Si savoir d'où elle venait avait pu lui sauver la vie, je l'aurais dit, si c'est pour de procédure flicarde, ce n'est pas mon problème.

25/3/09 11:52 PM  
Blogger Anna said...

Philippe, parfois vous réfléchissez trop ! :)

26/3/09 3:32 PM  
Blogger J said...

Heureusement qu'il y a encore des gens intègres dans ce bas monde. Et je ne parle bien sûr pas là des deux cafteurs.

3/4/09 2:10 PM  
Blogger Harald said...

Il y a fort heureusement des gens qui portent l'uniforme et qui n'abdiquent pas leur humanité et qui ne sont pas spécialement enclins à jouer les encaisseurs de taxes pour l'Etat.

13/4/09 9:27 PM  
Blogger laurent said...

il ne faut pas desesperer des imbeciles on pourra toujours en faire des militaires
( alphonse allais , je crois)

encore une qui cherche un responsablecoupableapunir
c'est la mode depuis qu'on a un leader qui prônr les vertus appaisantes pour les masses de la victime sacrificielle ...


ou alors , mysoginie à part ( comme dirait georges) femme et pompier , deux bonnes raisons de se faire baiser ...

17/4/09 12:15 AM  

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