10 avril, 2009

Même les enfants !

Un auteur sans à-prioris !

Je ne lis jamais les journaux pour être en paix. Je me tiens suffisamment loin du monde pour ne pas être trop dérangé. De plus, débutant et finissant plus tard mon activité que la moyenne des gens, je monte dans des RER à peu près vides où je ne risque pas de capter des conversations traitant de l'état du monde. Il me reste le Parisien deux ou trois par semaine pour me tenir vaguement informé et ne pas avoir l'air trop crétin. C'est ainsi que j'ai appris deux jours après qu'il y avait eu un séisme en Italie. Est-ce que cela aurait changé ma vie de la savoir en temps réel ?

Hélas, le monde me rattrape parfois sans que je le veuille. Ainsi ce soir, tandis que je faisais la queue chez mon marchand de journaux, mon regard se fixe vers un présentoir sur lequel sont posés différents livres.

L'un d'eux attire mon attention car son titre en forme d'oxymore est pour le moins curieux. Il s'agit du "Petit marquis de la république" d'un certain Jean-Louis Jouanneaud. Qu'est-ce qu'un marquis de la république dans la mesure ou cette dernière ne reconnait pas les titres de noblesse ?

Une dame bloquant la caisse, j'ai le temps de lire la quatrième de couverture afin d'en savoir plus. Je l'aurais parié rien qu'au titre ! C'est encore un pur produit de la progadandastaffel destiné aux enfants afin de leur enseigner ce qui est beau et bien !

Juin 1791. La Révolution gronde. Beaucoup de nobles quittent Paris pour chercher refuge dans les pays voisins. Parmi eux, la Marquise de Vaudreuil et ses deux enfants Louis et Constance pour qui la fuite va s'arrêter dans la forêt de Fontainebleau ! Capturés par une bande de brigands, ils sont aussitôt livrés aux autorités révolutionnaires. Louis qui réussit à leur échapper va se retrouver plongé au milieu de ce peuple qu'il déteste et méprise tant. Aidé par Aline, une jeune paysanne, et par bien d'autres braves gens, le petit marquis arrivera-t-il à sauver les siens et à surmonter ses préjugés ?

Ainsi "Louis va se retrouver plongé au milieu de ce peuple qu'il déteste et méprise tant" mais "arrivera-t-il à surmonter ses préjugés" ?

Le site Alapage m'apprend alors que l'auteur est instituteur et qu'il a écrit ce livre "faire comprendre aux enfants la situation d'alors : les privilèges, les préjugés, la force des habitudes... Montrer aussi que ce n'est pas parce que l'on appartient à un camp que l'on est forcément bon ou mauvais. Et éviter pourtant de renvoyer dos à dos les dominants d'une part, les opprimés de l'autre".

Puis l'auteur nous explique que "au fil de ses exploits ou de ses échecs, le jeune héros, aidé d'une paysanne, apprend à écouter, à poser son regard sur ceux que son titre et son éducation lui défendaient de voir. De nouvelles valeurs germent dans son esprit. De là à faire siennes les idées si osées des révolutionnaires, il n'y a qu'un pas... qu'il franchira sans remords !". En bref sans s'en rendre compte, ce brave auteur est en plein religieux puisqu'il nous raconte l'histoire d'une conversion !

On aurait bien aimé expliquer à l'auteur que lui-même est bourré de stéréotypes et de préjugés , qu'à cette époque, voici bien longtemps que les privilèges sont l'apanage de différentes catégories sociales et non des seuls nobles comme il se l'imagine. A ce titre, on pourrait lui recommander de dire l'excellent billet de mon confrère LBD dans lequel il revient sur cette notion de privilèges si chère à nos égalitaristes. Lesquels mêmes égalitaristes ne se plaignent pas des privilèges que la fonction publique leur octroie à eux aussi.

Pauvres gosses qui en 2009 sont obligés pour s'avader de se taper de tels pensums ! Dire qu'on reprochait aux curés d'être omniprésents ! Que dire des curés laïcs actuels qui sont partout !

Il aura suffit d'un simple coup d'oeil jeté distraitement sur le rayon d'un marchand de journaux pour me rappeler dans quel monde merdique je vivais.

"Vous ressemblez à des sépulcres blanchis. Au-dehors, ils paraissent beaux et au-dedans, ils sont plein d'ossements, de cadavres et de toute sorte de pourriture. Vous de même, vous paraissez justes mais au-dedans vous êtes plein d'hypocrisie et d'iniquité."

Matthieu, XXIII, 27-28

6 Comments:

Blogger claudia13013 said...

Ha les jugements de valeurs, les clichés, les préjugés, les idées reçues, les opinions... les apparences et les comportements que nous sommes habitués, dès notre plus jeune âge, à associer dans notre vie quotidiennes à des stéréotypes, négatifs bien sûr, jouent un rôle essentiel dans la façon dont nous pensons à autrui comme à nous-mêmes.

Trop souvent on s'autorise en quelques secondes, à attribuer une catégorie à une personne en la classant généralement à deux niveaux, soit en différence, soit en similarité... Or, les comparaisons conduisent à la dévalorisation de soi ou de l’autre... et, des préjugés, peuvent naître des facteurs comme la frustration personnelle ou le manque d'estime de soi.

Sachons donc reconnaître les différences sans jugement de valeur car n'oublions pas que chacun compose son identité à partir de plusieurs sources : familiale, étudiante ou professionnelle... et à partir d'univers culturels divers dans lesquels il est amené à évoluer (art, sports, loisirs...) et même et surtout, à partir du regard des autres.

Nous n’avons accès à la réalité du monde, des choses et des autres, qu’à travers nos représentations. Nous interprétons donc souvent ce que nous voyons par ce que nous pouvons en comprendre, ce que cela nous rappelle ou nous suggère... et avons du mal à croire que l'autre, au même moment dans la même situation voit les choses autrement...

Quand on accepte de reconnaître que chacun de nous est multiculturel de par ses origines et ses rencontres, qu'avec toutes ces sources culturelles différentes et parfois opposées, chacun se bricole une identité, alors on peut arriver à retrouver une certaine estime de soi, et à réduire ses propres préjugés à l'égard des autres.

On dit souvent que la "connerie" est humaine... et que la conscience est bien la valeur ajoutée de l'être humain !

Alors, est un gros con, celui qui est totalement inconscient de la chance qu'il a... d'être... tout simplement... avec toutes ses et ces différences.

11/4/09 6:53 PM  
Blogger Laurent said...

"Je ne lis jamais les journaux pour être en paix." Voilà qui est sage. Je fais également peu de cas de la presse. Mais bon, je traîne tout de même parfois chez les marchands de journaux, comme ça, pour voir. Il y a quelque temps, je me décide tout de même pour Le Canard enchaîné (faux journal rebelle comme vous avez écrit un jour). Au moment de passer en caisse, je tombe sur une photo de couverture montrant la face décatie d’Alain Bashung. « Tiens, il est mort celui-là ? » La rombière qui me colle s’esclaffe et le vendeur, du tac au tac : « Et vous savez quoi, Nicolas Sarkozy est président de la République ! ». Pff. N’empêche, lorsque Philippe Murray est mort, ce n’était pas écrit dans les journaux et pourtant il était d’une autre trempe que le ci-devant bateleur de foire. Moralité : un bon blog vaut toute la presse subventionnée du monde. Merci Philippe de m’avoir fait découvrir l’œuvre talentueuse du regretté Murray.

11/4/09 7:01 PM  
Anonymous Anonyme said...

Sauvons-nous ! Ecoutons Bach :
http://www.deezer.com/#music/result/all/concerto%20bach%20piano

11/4/09 11:49 PM  
Blogger Unknown said...

"Pauvres gosses qui en 2008 sont obligés pour s'avader de se taper de tels pensums !"

Du mal à se dire que l'on est en 2009?
Attention chére Philippe, si des matons de panurge venaient à passer par là ils pourraient interpréter votre lapsus comme une allergie réactionnaire au changement d'année...et avouez que lorsqu'on est psy voir ses lapsus interprété par des béotiens : ça craint à mort

12/4/09 1:36 AM  
Blogger philippe psy said...

Merci Amandine, j'ai corrigé !

13/4/09 6:15 PM  
Blogger Sylvain JUTTEAU said...

Mathieu vient de l'hébreu "Don de Dieu", et l'évangéliste saint Mathieu est représenté par l'Ange dans l'iconographie chrétienne; cela nous conduit loin des vanités temporelles.

Quel beau choix pour conclure un billet sur la futilité de la Presse...

Bravo !

15/4/09 7:29 PM  

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