28 juin, 2009

L'outil fait le crétin !


J'ai un voisin stupide ! Il est de l'espèce des bricoleurs, ces pète-couilles qui ne peuvent pas tenir en place. Autant moi qui suis un gros lecteur, je ne suis pas du genre à emmerder mes voisins puisqu'il me suffit d'un livre, d'un café et de clopes pour être heureux. Et vous conviendrez que lire, fumer et boire ne sont pas des activités bruyantes.

Autant le bricoleur est l'inverse de moi, une sorte de maniaque qui a toujours un truc à faire, à construire, à rénover ou à réparer. Et puis, en cette époque de technologie galopante le bricoleur n'a pas fini de m'emmerder. Au temps béni de la chignole à main, il devait se reposer entre chaque trou qu'il perçait. Maintenant les outils électroportatifs, qui existent pour chaque application et ne sont même pas chers, lui permettent de bricoler toute la journée en restant frais comme un gardon. Alors, il tronçonne, coupe, taille, tranche, rabote, visse et perce quand il le veut autant qu'il le souhaite !

Jusqu'à une date récente, je méprisais ces gens là et je me demandais quel plaisir ils pouvaient bien trouver à pratiquer ce genre d'activités. Moi, je peux comprendre qu'on puisse être passionné par la création mais la réalisation, pfff, c'est chiant. Faire des plans ce peut être sympas et encore en restant au niveau des esquisses, mais monter des murs en parpaings c'est lourdingue.

D'ailleurs, je me suis toujours demandé si il n'y avait pas un lien entre le bricolage et les tueurs en série. Parce que lorsque je me penche sur les modes opérationnels de ces derniers, je suis toujours étonné de leur capacité à élaborer des pièges, concevoir des caches, imaginer des appareils de torture. Dans tout tueur en série sommeille forcément un bricoleur, mais si l'inverse était aussi vrai ?

Et puis aujourd'hui ma vie a changé. Depuis deux ou trois semaines, j'avais une nouvelle lubie. Je voulais un nettoyeur à haute pression ! C'est idiot mais c'est ainsi. Alors aujourd'hui, ni une, ni deux, j'ai embarqué mon père vers de palpitantes aventures puisque nous sommes allés chez Leroy-Merlin, le paradis du bricoleur pète-burnes, le grand magasin des moches et bêtes qui s'habillent en bleu de chauffe, avec des pompes de sécu, des grosses paluches malpropres et le Renault Scénic garé sur le parking avec la banquette arrière rabattue pour accueillir tous leurs achats pourris.

Dieu que je hais ce magasin mais je le connais bien pour y être allé parfois, le plus souvent sous la contrainte de mon épouse qui voulait que je lui ramène je ne sais quoi. Alors, on se dirige tout droit vers le rayon nettoyeurs à haute pression qu'on a toujours envie d'appeler Kärcher puisque cette marque est comme Frigidaire pour les réfrigérateurs. Mais moi, je ne veux pas de Kärcher, je n'aime pas trop le jaune.

J'avise plutôt une sous-marque à la con ornée d'une livrée rouge et grise du plus bel effet. Et puis, pour moins cher j'en ai plus avec même un super enrouleur, des buses et même une brosse rotative géniale. M'en fous que ce soit une sous-marque, moi je le trouve beau comme tout ! Manque juste une prise USB sur le bordel pour qu'il soit parfait ! Parce que s'écouter un petit Sardou en nettoyant des dalles, c'est un plaisir rare très apprécié des bricoleurs qui ont toujours un gout de chiottes en matière musicale !

A peine arrivé chez moi, tel un chiot fou, je me jette sur le carton que je dépèce à coups d'ongles et de couteau. Haletant au milieu du carton mis en pièce et des morceaux de polystyrène, j'ai enfin la bête sous les yeux. Rouge et gris, c'est bien le même qu'au magasin. Je ne lis évidemment pas le mode d'emploi et je commence à visser les accessoires et à mettre le truc en route ! Putain, y'en a sous le capot, les 150 bars sont là ! Je sens que je vais m'amuser !

Et c'est là que je suis devenu un de ces pètes-couilles que je déteste. Ivre de puissance et saisi d'hubris, la fureur guerrière qui animait Achille, ma lance à haute pression entre les mains, j'ai tout karchérisé ! Mon allée, mes terrasses, le bas des murs, la grille, mes bagnoles, le seuil des portes, le dessous de la grille, etc. Personne n'aurait pu m'arrêter ! J'ai même kärchérisé ma RJ 49, même que j'ai réussi à décoller la peinture des charnières du capot tellement j'étais proche pour bien la décaper !

A un moment, l'œil fou et la bave aux lèvres, je considérais même un quidam qui passait dans la rue et je crois que j'étais à deux doigts de le décaper de toute la puissance de mon nettoyeur haute pression, tellement j'adorais sentir mon doigt sur la gâchette et envoyer la purée. Putain si un confrère psychanalyste était passé par là, sûr qu'il m'aurait taillé un costard en trouvant de la symbolique partout sans doute à cause de ma grosse lance que je tenais victorieusement à la main en envoyant un jet puissant à plusieurs mètres !

Durant une heure et demie, j'étais devenu un bricoleur du dimanche, un de ces emmerdeurs qui ne savent pas s'amuser sans faire du bruit ! Maintenant je les comprends mieux. C'est vrai que c'est rigolo ces trucs là. Quand on les a en mains, comme cela ne demande aucun effort, on ne fait pas attention, et hop on s'amuse comme des gosses. On se sent puissant et indestructible. J'ai même imaginé que je pourrais m'acheter une tronçonneuse parce qu'ils en ont là-bas chez Leroy-Merlin. Des belles à moteurs thermiques capables de vous débiter un sapin de Douglas en deux minutes comme ils font au Canada.

Mon métier m'oblige à me dépasser et à cultiver mon empathie pour comprendre les gens. Aujourd'hui, je comprends vraiment mieux le bricoleur. C'est sans doute un pauvre mec qui se revirilise en ayant un outil puissant à la main. Moi je lis pour m'évader, lui il bricole pour oublier. C'est juste une question de dépendance !

La semaine prochaine, j'irai peut-être demander la carte Leroy-Merlin, celle avec laquelle on peut cumuler des points pour avoir des remises. Parce que cette tronçonneuse elle m'a tapé dans l'oeil !

12 Comments:

Blogger Marino said...

En lisant cet article, j'ai pris conscience que mon voisinage va enfin respirer lorsque je vais partir en "grandes vacances", ils n'entendront plus le bruit de ma tondeuse à gazon, ni celui de la machine à bois, de la ponceuse, de la raboteuse et de la perceuse de mon mari. Eux aussi vont être en vacances, ça va être calme dans le quartier en notre absence !

29/6/09 9:54 AM  
Blogger philippe psy said...

Ravi de savoir que votre époux n'aura plus de gros outil à la main !

29/6/09 11:15 AM  
Blogger Laurence said...

Pff je n'avais jamais osé en parler mais aujourd'hui, je le confesse : j'ai acheté une perceuse-visseuse sans fil il y a deux ans et c'est vrai que c'est grisant quand on l'a en main... j'avais juste une petite étagère à fixer mais une fois la tâche accomplie, le trou noir... je ne sais pas ce qui s'est passé... un de mes murs ressemble à une immonde tranche d'emmental... j'ai ensuite, perceuse au poing, tel un tireur d'élite aux aguets, poursuivi des ennemis imaginaires qui tentaient de s'introduire dans mon appartement... je ne peux poursuivre mon récit, c'est trop dur !

C'est grave docteur ?

29/6/09 11:55 AM  
Blogger Robert Marchenoir said...

Comme traitement, je conseille de repeindre tout l'appart' au pinceau, après avoir poncé les murs à la main (et poncé entre chaque couche, naturellement).

On se rend utile, on entretient le patrimoine national, et tout ça sans un bruit.

Après ça, à mon avis, y'en aura plus beaucoup pour se foutre de la gueule des bricoleurs.

Non mais qu'est-ce que c'est que cette bricolophobie ? Je m'en vais réclamer une bricolo's pride à Delanoë, moi. Vous ferez moins le malin quand vous aurez cent mille momos déchaînés agitant leurs perforateurs à pleine puissance sous vos fenêtres.

29/6/09 9:42 PM  
Blogger El Gringo said...

Ben quoi, les outils... c'est bien...non?

30/6/09 12:04 AM  
Blogger philippe psy said...

@Lauence : non ce n'est pas grave ... rassure-toi ... Si tu aimes la peinture sur soi et le macramé, rassure toi à l'hopital tu vas en faire durant quelques années !
@Robert : mon copain Olive fait cela depusi trois semaines et moi je trouve ça bête !
@Gringo : moui enfin toi c'est surtout la mécanique c'est différent !

30/6/09 9:24 AM  
Blogger Laurence said...

@Robert : merci pour vos bons conseils ! Avez vous quelque chose de prévu le week-end prochain ? si non je peux vous trouver de l'occupation ;-)


@ Philippe : Heeeeein peinture sur moi ? noon altruiste comme je le suis, je ferai profiter les autres de mes dons manuels et les peinturlurerai allègrement !

30/6/09 10:41 AM  
Blogger Robert Marchenoir said...

Laurence : le week-end prochain je suis booké, mais sinon je peux vous faire un devis, pas de problème ! Marchenoir, tous corps de métier, maison de confiance since 1882 !

30/6/09 10:50 AM  
Blogger Marino said...

Philippe, comme vous excellez dans l'art de tenir la lance, je parle bien-entendu de celle du nettoyeur haute-pression, vous pourrez venir vous défouler dans ma cour, l'allée du jardin et les murets devant, et aussi me débarrasser de "ces grands cons" qui viennent jouer au ballon tard le soir !
Mon nettoyeur haute-pression n'est pas jaune, il est bleu comme la mer dans laquelle j'irai bientôt pataugé................

30/6/09 1:59 PM  
Blogger V. said...

Marchenoir maison de confiance, est avant tout une entreprise de charpentiers (depuis 1943, 45 rue Poliveau, Paris 5eme)

:o)

2/7/09 5:10 PM  
Blogger Robert Marchenoir said...

Hahaha ! Y'en a un qui a cherché ! Bon, j'ai un peu enjolivé l'ancienneté, hein. Il faut bien faire un peu de marketing, non ?

3/7/09 10:37 AM  
Blogger Lily said...

lol, je trouve votre blog extrêmement interessant, et vraiment très drôle. Est-ce que je peut en mettre le lien sur le mien (de blog - blog de pleurnicheuse qui dessine et rigole). Emportée par la vague d'humour, je ne maîtrise plus ma syntaxe... J'en profite (de la vague).

21/7/09 11:42 PM  

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