14 février, 2011

Jeux idiot mais pas si idiot quand on y pense !


Depuis quelques mois, je savais que L. entretenait une addiction coupable. Elle avait beau se défiler, tenter d'être évasive voire carrément dissimulatrice, le radar ultra perfectionné qui tourne sans cesse dans ma grosse tête ne me trompe jamais ! Elle m'avait jetée de Facebook, pour des raisons fallacieuses que j'avais feint de croire, souhaitant sans doute s'adonner à ses coupables penchants loin de mon regard désapprobateur. Ne souhaitant pas violer son intimité, je la laissais faire sans trop poser de questions. Après tout si elle se droguait, je me disais qu viendrait le jour où elle finirait par m'en parler. 

Je suis habitué aux gens qui dissimulent et me mentent dans l'espoir de conserver un moi social intact. J'en ai souvent dans mon cabinet en face de moi. Généralement, ce sont des gens qui ont honte de me parler sincèrement et qui tentent de minimiser les faits, se bornant à dire que finalement tout va bien. Je tente toujours de les rassurer, en leur expliquant "que je sais" et "qu'ils savent que je sais". Parce qu'en tant que mec hypersensible (mais pas fiotte !), je suis habitué à enregistrer les moindres frémissements d'un visage, les variations infimes d'une posture, les nuances du ton de la voix et même le registre langagier afin de détecter ce qui ne va pas. A croire que pour leur série Esprits criminels (Criminal minds), les ricains se sont inspirés de moi !

Et puis, un jour que je passais sur Facebook, ce service ennuyeux qui vous donne des nouvelles quotidiennes de personnes dont vous n'avez que faire, j'ai reçu un message et en voyant la liste, je me suis aperçu que L. qui me disait avoir disparu était en fait toujours connectée mais sous un nom de fantaisie dans l'espoir vain de m'échapper alors que je suis un stalker hors normes. Ouvrant alors un nouveau compte sous un pseudonyme de fantaisie moi aussi, je m'empressais de lui proposer mon amitié qu'elle accepta. 

Je pris enfin conscience de l'ampleur du désastre puisque le mur de L. était couvert de références à l'immobilier. Ce n'était que "buildings" par-ci, "construction" par-là, "loyers" ailleurs, ce mur  aurait fait rougir de honte promoteur le promoteur le plus acharné en le faisant passer pour un amateur. La douce et timide petite L. aurait pu en remontrer à Donald Trump !

Exerçant ma sagacité et ma réflexion coutumières, je ne tardais pas à constater qu'il ne s'agissait pas d'une réelle activité mais d'un jeux. Et puisque vous me connaissez, vous ne doutez pas que tels les chercheurs d'un autre âge qui n'hésitaient pas à s'inoculer n'importe quoi pour tester sur eux-même le remède qu'ils cherchaient (on était loin de Servier), j'ai moi aussi téléchargé l'application pour tenter de comprendre en quoi un jeu pouvait rendre aussi dépendant. Je suis donc devenu un membre de la puissante communauté (5,8 millions d'adeptes) de ceux qui s'adonnent à Millionaire City, puisque c'est le jeu dont il s'agit.

Autant vous dire qu'au départ, cela ne m'a pas plu parce qu'en tant que capricorne brillant j'ai tendance à comprendre l'algorithme qui ordonne n'importe quelle activité. Jung aurait dit de moi que j'étais du type "pensée". Alors oui, j'avais compris le but du jeux. Il s'agissait de construire des bâtiments sur un terrain puis d'en percevoir les loyers. C'était totalement idiot et en tout cas pas plus malin que les petites applications que je possède sur mon Iphone et je ne comprenait pas bien ce qui pouvait rendre L. aussi addict. 

Dépassant mes préjugés capricorniens, j'ai décidé de jouer. Au bout de quelques minutes, j'étais possesseur d'un bungalow pourrave, d'une villa de luxe, d'un café merdique et de quelques arbres. bon et alors ? Et alors, face au terrain qui s'affichait j'ai entrevu les nombreuses possibilités qui s'offraient à moi. Ma société étant cotée quelques centaines de milliers de dollars, je trouvais que j'étais bien nul à côté de celle de L. dont la capitalisation frisait les deux milliards. Et moi qui vante tant la sagesse stoïcienne, je m'en trouvais tout de même fort marri parce que derrière le sage, se profile toujours l'être bourré de testostérone qui n'aime pas trop se faire griller par une gonzesse !

En bref, le penseur, le sagace, l'être réfléchi que je suis a commencé à faire joujou avec ce jeu que j'ai trouvé fort amusant ! Tant et si bien, que comme un abruti de base, j'ai couvert mon terrain de bungalows pourris auxquels je n'ai pas tardé à adjoindre des duplex de luxe pour les remplacer enfin par des villas et autres immeubles. Et aujourd'hui, moi qui vous parle je pèse tout de même vingt millions de dollars en quelques jours d'activité.

Mais comme j'aime bien réfléchir même quand je joue à des trucs idiots, je me suis demandé pourquoi ce jeu à priori basique semblait plaire autant et pourquoi il rendait aussi addictif. Finalement les recettes employées sont simples et efficaces. Je me demande même si des spécialistes ne se sont pas penchés sur le sujet. Je ne connais absolument rien au développement des jeux, mais je ne serais pas étonné que quelques confrères tout aussi sagaces que moi se soient penchés sur la question.

Ainsi, j'ai noté que Millionaire City comportait :
  • Des règles simples à utiliser permettant une multitude de combinaisons comme un simple jeu de carte ou de go. Un enfant de sept ans pourrait y jouer aussi bien qu'un adulte.
  • Le recours à l'entraide est rendu nécessaire à bien des reprises favorisant autant la stratégie d'équipe, par exemple pour s'entraider à construire un bâtiment en moins de temps que prévu, que le recours à des personnes de l'extérieur invitées à jouer pour augmenter la synergie.
  • L'offre hebdomadaire de nouveaux bâtiments ou décorations permettant d'améliorer sa ville sous forme de collections thématiques (Paris, le Mexique, Rome, tc.) permettant un renouvellement permanent.
  • Une émulation dans la mesure où même si l'on ne joue que pour s'amuser, on ne peut éviter de se comparer aux autres joueurs, ce qui rend soit la présence sur le jeu obligatoire pour augmenter ses chances de gain soit le recours à un financement extérieur (CB, Paypal, etc.) afin de démultiplier son potentiel de démarrage comme dans une véritable entreprise.

Bref à défaut de plaire à tout le monde, Millionaire City est la quintessence du jeu bien pensé combinant simplicité, réseau, changement permanent et émulation. Ces quatre règles semblent à mon sens celles du succès. Vous constaterez que même lorsque je m'adonne à des plaisirs simples, je ne cesse pas pour autant de réfléchir.

Même quand je joue, je travaille !

2 Comments:

Blogger Caroline said...

Ce jeu est désespérant de lenteur et j'en suis devenu addicte merci==== n'ayant pas de contact facebook je ne vais pas payer pour un jeu facebook, depuis 3 jours j'en suis encore à ne pouvoir financer que des bungalows. Mais j'ai le temps. C'est un peu comme une ville en Tamagotchi.

18/2/11 6:22 PM  
Blogger boudeuse_2011 said...

J'avais déjà développé une addiction à "Ma Belle ferme" ... en voilà une autre ...
Merci Philippe ! sourire.

27/2/11 5:57 PM  

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