27 juin, 2011

Nouvelle pathologie !

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Chacun se souvient du scandale récent et le doute semble être définitivement levé sur l’origine de la bactérie tueuse allemande. Des graines germées élevées dans une exploitation bio de Basse-Saxe sont bel et bien à l’origine de la crise alimentaire qui a frappé l’Allemagne mais aussi toute l’Europe, provoquant déjà le décès de 31 personnes

«En remontant la piste de ce que les malades avaient mangé, on a identifié que les graines germées de haricot rouge Azuki, de tournesol et de soja comme étant les vecteurs de la bactérie»,  a expliqué  Frédéric Vincent, porte parole des questions de santé et de consommation à la commission européenne. «Ce sont des végétaux que l’on retrouve dans les salades, les sandwichs ou que l’on mange tel que. Il semble que ces produits n’ont pas été exportés hors d’Allemagne». 

S'il y a bien un truc qui ne m'arrivera pas, c'est de manger des graines germées de haricot rouge Azuki. Que peut-il se passer dans la tête d'un occidental pour aller manger cela ? Bon certes, cela se passait en Allemagne et je comprends qu'on veuille un peu varier et ne pas toujours bouffer de la nourriture allemande parce qu'un régime à base de wurst, kraut und kartoffel, à la longue ça doit lasser.

Mais il n'y a pas qu'en Allemagne puisque récemment encore, c'est à Bordeaux que d'autres personnes ont été intoxiquées après avoir consommée des graines germées de fenouil, de roquette et de moutarde. Mais bon, de là à manger des graines germées ! Enfin, le pari est réussi, si certains pensaient mourir jeunes et en bonne santé, c'est gagné ! Et au-delà du drame humain, ce fait divers montrera si c'était nécessaire que la nature n'est pas intrinsèquement bonne pour l'homme.


Mais cet "écologisme" fait aussi d'autres ravages. C'est ainsi qu'attablé devant un café et lisant le Parisien, je découvre un article traitant de maltraitance alimentaire dans lequel un médecin explique que ces cas sont de plus en plus nombreux et qu'il doit faire des signalements réguliers à la DDASS. C'est ainsi qu'il explique que certaines mères refusent maintenant de donner du lait maternisé à leur progéniture, lui préférant soit du lait de chèvre, soit d'anesse, soit carrément du lait de soja.

Comme il l'explique, ce type de maltraitance alimentaire n'est plus le fait de femmes en grande détresse (pathologies mentales, milieux sociaux très défavorisés, femmes mal informées, etc.) mais s'est déplacée vers des catégories sociales supérieures.

C'est ainsi comme l'explique l'article que les médecins qui récupèrent en consultation les bébés avec des laits inadaptés constatent qu'il y a maintenant un profil de "mamans ultra-bio", qui ont des "peurs alimentaires", par exemple la peur du lait de vache explique un spécialiste. "Ces mamans là scrutent à la loupe toutes les étiquettes pour vérifier qu'il n'y a pas de traces d'OGM. Souvent elles ont une phobie du surpoids et leur obsession est de ne donner à leur enfant que des choses qu'elles considèrent comme naturelles.

Bref des pathologies bien connues à la limite de l'anorexie mentale, de la boulimie et de la dysmorphophobie se combinent à la sauce écolo pour devenir une mode de vie que l'on vante quitte à entrainer des désastres par la suite.

La psychopathologie ayant horreur du vide, ce mode de vie s'est vite retrouvé affublé du doux nom d'orthorexie. L’orthorexie concerne l’attitude vis-à-vis du choix de la nourriture ingérée. La personne orthorexique pousse à l'extrême l'idée d'une saine alimentation en planifiant longuement cette dernière pour réduire sa consommation de matières grasses, sel, sucre, produits chimiques ou toute autre substance qu'elle considère nuisible à sa santé. Elle suit des règles alimentaires de plus en plus contraignantes qui peuvent éventuellement, notamment, conduire à un isolement social par l'incapacité d'effectuer une activité de sustentation dans un cadre non-contrôlé. La tolérance-zéro du point de vue alimentaire peut, dans les cas extrêmes, affecter chacun des actes et susciter une perte de l'appétit de vivre.

Pourtant, cette pathologie n’est pas reconnue par la psychologie qui considère ce terme comme pseudo-scientifique. Le concept est critiqué pour pathologiser arbitrairement des habitudes de consommations diverses. Plus précaire, ce concept peut pathologiser les gens qui luttent contre les ingrédients malsains dans les produits alimentaires. On rentre alors de plain pied dans une conception politique de la pathologie où ce qui apparait malsain pour les uns peut sembler naturel pour d'autres puisqu'il s'agit avant tout d'un mode de vie. L'orthorexie deviendrait une névrose culturelle au même titre que l'orthorexie que l'on ne retrouve que dans les pays occidentaux ou pays s'occidentalisant.

L’orthorexie pourrait aussi être une dissimulation politiquement correcte de pathologies bien connues que sont l'anorexie et la boulimie. En effet, entre ce refus suicidaire d’échange de flux avec l’environnement que représente l’anorexie et, d’autre part, cette extinction de soi, que représente la carapace boulimique, apparaît de façon très caractérisée le raisonnement orthorexique centré sur la qualité de l’aliment. Pour  l'orthorexique, la question n’est pas de se nourrir ou non mais de choisir et de réguler son rapport aux éléments consommés dont il se nourrit.

Ce rapport aux aliments fait de contrôle excessif peut parfaitement constituer un habillage socialisé de pathologies de l’alimentation, dans la mesure où son apparence raisonnée et conformée permet une forme de reconnaissance et ce d'autant plus que le vernis bobo-écolo vient à point nommer travestir en bonne conduite ce qui n'est qu'un dérèglement pathologique. Cependant, cette socialisation de la pathologie conduit à une désocialisation de la personne. L’orthorexique est pris dans une telle gangue de modèles, une telle forteresse de contraintes extrêmement lourdes que, d’une certaine manière, une socialisation avortée s’y réalise. A tel point que l'orthorexique défendra ses idéaux jusqu’à harceler son environnement pour mettre en avant à quel point la question du bien manger, du bien se nourrir est une question fondamentale pour son existence. Ces exigences outrancières et théâtrales donnent à penser que l'orthorexique voulais combler ses béances narcissiques par un orgueil nutritionnel.

Bien entendu, toutes les mesures prises par les pouvoirs publics contre le tabac ou le manger-bouger, vont accroitre ce type de comportements. A défaut d'agir sur leurs vies, de la modifier, ou au contraire d'accepter la vie telle qu'elle se présente, les individus se choisissent ainsi des leviers psychologiques pour se donner l'illusion du contrôle. Et bien entendu, les plus faibles, alors même que leur contrôle excessif pourrait nous les faire apparaitre forts (partisans du bio, sportifs excessifs, adeptes de la nutrition, etc.) seront les premiers à faire les frais de cette mode. Car pour ces gens là, il s'agit avant tout de lutter soit contre l'angoisse de n'être rien ou contre l'angoisse de la mort.

Pour conclure, si vous pensez être orthorexique, un test existe et on le trouve .

10 Comments:

Blogger Oxymore said...

C'est fascinant comme pathologie ! Merci pour cette découverte.

27/6/11 10:47 AM  
Blogger Lucie Trier said...

Super article. Ça me rappelle cette phobie de la saleté qui consiste à se laver les mains trente fois par jour et à désinfecter tout y compris les plinthes, qui conduit au final à l'effet exactement inverse, à savoir un affaiblissement des défenses immunitaires. Je ne sais plus comment elle s'appelle.

Mais il me semble que le mal n'est pas le sport en soi, se laver les mains ou savoir qu'on est ce que l'on mange. Le mal n'est pas l'Ajax en lui même, mais c'est de doter ces choses d'une hypertrophie de contrôle que tu décris bien mieux que moi. Aussi ça fonctionne un peu comme l'animisme, le bio magique, le Dieu VTT-en-forêt.

Ceux qui déifient le sport ou la graine germée commettent donc l'irréparable, mais les départir de toute fonction bénéfique aussi entièrement, ne serait-ce pas prendre la même autoroute ? Je suppose que pour certains le sport puisse être parfois bien, et je ne suppose même pas que manger du caca, c'est pas bon, et que ça se voit sur le front. Enfin je crois que tu parles surtout de l'adhésion pleine et idiote à l'objet sport ou l'objet bio et tu as totalement raison.

Je fume de manière éhontément déculpabilisée depuis que je te connais, et ça c'est bien.

-c-

27/6/11 10:00 PM  
Blogger Lucie Trier said...

Post-Scriptum : Quand tu cites deux fois l'orthorexie dans la même phrase, je crois que tu parles d'anorexie la deuxième.

Biceps.

-c-

27/6/11 10:12 PM  
Blogger Lousk said...

"L'orthorexie deviendrait une névrose culturelle au même titre que l'orthorexie"

Visite intéressante comme toujours, mais dommage que vous ne parliez pas plus de votre quotidien en cabinet... :(

Bonne continuation ;)

28/6/11 8:13 AM  
Blogger Lousk said...

Et le test de Bratman est sacrément pourri !

28/6/11 8:15 AM  
Blogger V. said...

y'a pas que le test de Bratman...

29/6/11 11:44 AM  
Blogger El Gringo said...

Chouette: J'ai fait le test et je ne suis pas orthorexique!
(mais je m'en doutais un peu...)

29/6/11 12:59 PM  
Blogger rafi said...

article intéressant ! Je suis quasi sur que j'en connais un qui n'est pas loin de ça !

par contre attention : une des causes identifiées du cancer est l'alimentation (en particulier les conservateurs, l'huile de palme, ...)

Un exemple : le lait de croissance : ce dernier contient souvent des vitamines synthétisées en laboratoire, de l'huile de palme etc...

Pour exemple : lu aujourd'hui sur le site d'une grande marque :
"
NOUVEAU ! Pour ne pas habituer trop tôt votre enfant au goût sucré, les experts en nutrition infantile Lactel ont élaboré une nouvelle formule SANS SUCRES AJOUTES*.
"


Woaw !! Ils font des progrès !! rappel : le sucre blanc, comme beaucoup d'aliments très transformés, est cancérigène. Il suffit de voir l'effet que ça a sur la glycémie !

Bien amicalement,

Raphaël

6/7/11 5:03 PM  
Blogger yan.M said...

Elevé pour ma part au lait concentré sucré nestlé,je n'ai développé aucune des pathologies sus mentionnées(et j'ai un poid tout à fait normal pour ma taille 1m74, 72kg)L'écologisme(à ne pas confondre avec l'écologie) est en effet une nouvelle doxa,un nouveau moralisme qui vient s'ajouter aux autres,et dans lequel on trouve,une constellation de croyances parfois vraiment abracadabrantes.Gardez vous bien de contester leurs dogmes,vous risqueriez de vous faire écharper;voire si vous vous en tirez bien de vous retrouver avec une casquette de "destructeur de la planète":bref,un sale type...
C'est assez marrant mais il y a aussi une composante masochiste dans cette nouvelle religion,avec les origines que l'on devine.Nous sommes passés du triomphalisme arrogant(Dieu nous a mis là,on peut tout saloper...)à une repentance auto-flagellante(on est méchants avec notre "mère la terre")Quand à la "nature censément vertueuse":sans commentaires...

29/10/11 8:04 PM  
Blogger Élie said...

Passionnant, merci.
Parfois j'ai l'impression que la notion de modération et de juste mesure est quelque chose de démodé ; il faudrait avoir une opinion sur tout, choisir son camp dans tous les domaines.
Tant pis, mon authenticité personnelle est dans la recherche de la juste mesure et le restera, et je ferai mes choix en fonction de ce qui me paraîtra être en cohérence avec moi-même.

6/6/18 9:51 AM  

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