28 octobre, 2013

Souvenir de soirée ou accepter ses limites !


Tenez moi qui vous parlais précédemment de Jean sablon, laissez moi vous conter une soirée à laquelle, lui et moi fumes invités. Ce soir là, fier comme Artaban, j'avais pris ma Jaguar bleu marine avec les petits liserés argent sur le côté, les jantes alu, et les sièges en cuir, et les enceintes partout et plus encore vu que c'est justement une Sovereign le haut de gamme de la firme de Coventry. Comme c'était la première fois, que je la prenais pour un long parcours, je l'avais garée tout près de chez l'ami qui nous recevait, même que si j'avais pu la parquer dans son salon et bouffer dedans, je l'aurais fait, tellement j'étais bien, le cul carré dans le cuir Connolly et environné de ronce de noyer ! Quel enfant je fais parfois ! Moi qui clame partout que je n'ai pas d'égo, je me fais parfois honte !

Vous aurez d'ailleurs noté que pour parler de Jaguar j'ai carrément utilisé le terme "firme de Coventry" parce que ça fait très journaliste professionnel de l'automobile en même temps que gros connaisseur de la marque au leaper (l'emblème de capot). Parce que bien qu'ils aient déménagé depuis, le berceau de la marque c'est Coventry, même si la ville industrielle sinistrée et reconstruite après la seconde guerre mondiale ne mérite pas le voyage ni même un détour, ça reste le berceau de Jaguar au même titre que Billancourt rappellera toujours Renault, la firme au losange, quoiqu'ils puissent construire comme merdes sur ladite ile ! 

Mais assez parlé de Jaguar et de Renault et revenons à nos moutons. La soirée se passait fort bien. Nous papotions gaiement quand d'un coup d'un seul, un quidam qui n'était pas invité, sonna et s’immisça dans le cénacle de beaux esprits que nous formions. Il se trouve que ledit quidam était un voisin de notre hôte et que celui-ci n'ayant pas eu le cœur de le laisser à la rue, l'avait immédiatement convié à se joindre à nous.

Il se trouve aussi que le quidam en question était passablement bourré, mais à la manière de quelqu'un qui a une longue pratique de la chose et qui sait encore à peu près parler malgré les quelques grammes d'alcool qu'il a dans le sang. Sagace comme je le suis, en l'espace d'un instant, et parce que j'ai du métier, j'avais distingué sur son visage banal et dans sa mise médiocre, tous les signes d'une bonne grosse dépression au long cours jamais traitée si ce n'est de manière artisanale au moyen d'une automédication à coups de Pernod. Le cuistre appartenait sans aucun doute à la race de ceux qui vous répondront qu'ils vont très bien et que les psys c'est pour les fous et que de toute manière les antidépresseurs c'est de le merde, tout en éclusant quotidiennement leur litron de ouiskie et leurs vingt demis pour tenir la route sans se flinguer.

Le brave homme était prolixe et l'alcool aidant, passablement familier. Voulant évidemment échapper à son déterminisme social de futur suicidé ou d'épave à la rue, il tentait encore de faire le beau en nous parlant aux uns et aux autres sur le ton de celui à qui on ne la fait pas, qui a tout vu et tout connu. J'aurais bien sur pu lui dire : "dis moi l'ami as tu songé que l'effexor te ferait plus de bien que ta dose de Ricard vu l'état dépressif dans lequel tu macères depuis sans doute quelques temps ?". Mais jugeant que c'eut été du dernier mauvais gout, je m'abstins et nous le laissâmes parler et tenir son rôle de monsieur-je-sais-tout. De fait, c'était le prototype du pilier de bar, du vieil emmerdeur, qui vous branche à peine entré dans un café et auquel on a du mal à échapper.

Le cuistre s'enhardissant s'accouda sur la table devant son verre que notre hôte ne cessait de lui remplir et s'adressant à Jean Sablon, il lui dit de l'air entendu du type qui s'y connait en bagnoles parce que lui, il en a eu des belles : elle est sympa ta Jag' ! Jean sablon, honnête comme il l'est ne supporta évidemment pas de recevoir un compliment qui ne lui était pas destiné et rétablit la vérité en expliquant que la jaguar (var Jean Sablon ne dira jamais Jag') n'était point sienne mais mienne, en me désignant.

Et là, le mec me regarda d'un air dubitatif dans le genre du gars qui se demande comment il a pu se tromper pareillement. Voulant le mettre à l'aise, je lui expliquai que la méprise était bien normale et que j'avais plus le physique à conduire la vieille camionnette pourrissant sur le parking d'en face qu'une Jaguar (Sovereign) et que je ne me formalisais pas du tout de son erreur. Et comme j'étais en verve, je me mis à discuter de ma camionnette que j'avais achetée à deux cent cinquante mille bornes mais dont j'étais content, même si j'avais du changer le silencieux arrière et refaire les freins avant. Et je le rassurais en lui disant que dès que j'aurais un peu de blé, je ferais faire des travaux de carrosserie et une complète (peinture dans le jargon).

Bref ce jour là encore, ce fut peine perdue, je ne serai jamais ce grand jeune homme élégant mais toujours et définitivement un gros bourrin de capricorne ascendant bélier. Mais bon, n'est-ce pas le secret du bonheur que d'accepter ses limites ? C'est la raison pour laquelle je ne fais pas et ne ferai jamais de golf bien que l'on m'ait moult fois proposé d'aller sur un parcours. D'une part, je trouve totalement vain de se lever tôt, de faire des bornes et tout cela pour taper dans une balle avec un bout de fer et enfin je n'ai aucune envie d'aller me ridiculiser en ayant l'air d'une quincaillier marchand de couleurs enrichi qui se la raconte à Saint-Nom La Bretèche. C'est aussi ridicule que ces gringalets qui hantent les salles de sport en espérant un jour prendre de la masse.

Comme le disait se brave Albert Ellis, décédé récemment à un âge avancé, quand on lui demandait pourquoi les gens venaient consulter, il répondait invériablement : les gens vont mal parce qu'ils sont trop exigeants vis à vis d'eux-mêmes et/ou des autres et/ou des circonstances extérieures. D'ailleurs, et je l'ai déjà dit sur ce blog, Ellis explique tout cela parfaitement bien dans son livre Dominez votre anxiété avant qu'elle ne vous domine.

Et ce vieux et illustre confrère avait bien raison ! Rien de pire que de vouloir passer pour ce que l'on n'est pas comme Patrick Sébastien jouant les philosophes ou François Hollande le président !


5 Comments:

Blogger chaton said...

Ouais, m'enfin encore faut-il être sûr d'être à ses limites, parce que genre le dépressif au long cours, là, il est possible qu'il soit devenu comme ça en intégrant des limites imaginaires

28/10/13 9:41 PM  
Blogger marie said...

la lecture blanche sur fond noir me crève les yeux !!!! merci de faire l'inversion des couleurs.
Au plaisir de vous lire encore et toujours

28/10/13 10:49 PM  
Blogger philippe psy said...

@Chaton: Oui, c'est vrai ou il est possible qu'il les ai intégrées parce qu'il s'y trouve bien, aussi à l'aise que dans de vieilles charentaises et que les repousser lui demanderait ... des efforts !

@Marie : pour vos problèmes, consultez un ophtalmo :) Merci de me lire.

29/10/13 2:21 AM  
Blogger menvusa gerard said...

Ce qu’un homme cherche à atteindre doit aller au-delà de ce qui est à sa portée – sinon à quoi peut bien servir le ciel ? @Marie:afficher la version web;vous verrez mieux

29/10/13 10:43 AM  
Blogger V. said...

... un quincaillier marchand de couleur enrichi qui se la raconte à St Nom la Breteche ...

c'est grand ! Tiger Woods (pourtant capricorne) en blouse bleue derrière un comptoir et devant des racks entiers de clouteries en tout genre est la première image qui me soit venue !
Merci !

31/10/13 8:39 PM  

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