02 novembre, 2013

Hommage ! (bis mais sincère)



Autant, il n'aura échappé à personne que je me foutais de Lou Reed comme de mon premier slip autant la disparition de Gérard de Villiers m'attriste car je sais maintenant que ses petits bouquins d'espionnage calibrés ne m'accompagneront plus les jours où je n'ai rien à lire. Même si j'imagine  que cela fait bien longtemps qu'il n'écrivait plus grand chose lui même, je doute que la série se poursuive. Parce que SAS c'était avant tout de l'espionnage et que sans les réseaux du maître, je ne vois pas ce que ses nègres pourraient faire tous seuls. Écrire un SAS c'est autre chose que de torcher un Astérix, il faut un scénario mais aussi ses entrées dans les services de renseignements.

Je ne sais pas à quel moment je suis tombé sur un SAS. Peut-être avais-je seize ans, oui ce devait être dans ces eaux là. Je vous avoue qu'orgueilleux comme je suis, tout autant que lecteur compulsif, jamais je n'aurais été attiré par ces couvertures voyantes que barraient le gros SAS. Et pourtant un jour, par le plus grand des hasards, je suis tombé dedans et je n'en suis jamais ressorti.

J'ai fini l'opuscule en me disant que c'était sans doute de la littérature de pacotille mais que c'était drôlement bien fait et que si de prétendus écrivains avaient autant de rigueur pour écrire un roman que Gérard de Villiers pour boucler un opus de sa série, les rentrées littéraires seraient sans doute plus intéressantes.

Je me souviens que je l'avais lu en vacances et que de retour à Paris, j'étais allé chez Gibert en acheter une flopée. Ils étaient tous dans les bacs en bois près de l'escalier, soldés à trois francs : je ne m'étais pas ruiné. Ensuite je m'étais fait une overdose de SAS et depuis, je les avais tous achetés dès leur parution.

Récemment encore, c'était le roman type que j'achetais dès que je n'avais plus rien à lire. Cela m'arrive parfois lorsqu'ayant pris un livre et l'ayant fini dans le RER, je me trouve fort démuni en songeant qu'au voyage de retour j'aurais le droit soit à un journal gratuit, sale et abandonné dans un wagon depuis le matin, soit à l'envoi de SMS idiots depuis mon iphone. C'est ainsi, je ne peux pas rester sans lecture. J'admire tous ceux qui savent rester zens le casque sur les oreilles à écouter de la musique. Quoiqu'en fait, j'aie souvent envie de les gifler d'une part parce qu'ils font du bruit et parce que je ne comprends pas que l'on puisse rester bovinement à écouter de la musique.

Alors depuis quelques années, tous les SAS je les achetais au Relais H de Châtelet-les-Halles. J'arrivais près de la caisse et de là sur la gauche où sont rangés les livres. Je regardais un peu la littérature classique mais je ne suis ni fan de Lévy, ni de Musso pas plus que de Katherine Pancol. Il me restait alors soit les polars nordiques que je trouve généralement à chier. Je n'ai déjà pas envie d'aller visiter la Scandinavie, ce n'est pas pour la ramener chez moi dans mon RER. Tout ce que je connais de la Scandinavie, c'est la SAAB 900 que j'ai eue voici quelques années et IKEA, ça reste mince comme irruption dans la culture nordique. Et puis vous aurez noté qu'il s'agit toujours de la Suède dont la famille royale est la maison Bernadotte, ça reste un peu français.

J'aurais pu choisir un polar américain mais bien qu'ils aient inventé le genre, ils ne sont plus si bons que cela depuis que le politically correct a inondé le monde. En lisant le dernier opus de Connelly mettant en scène l'inspecteur Harry Bosch, je me suis dit que dans la prochaine aventure, Harry Bosh ferait son coming out, se marierait à un mec et quitterait le LAPD pour aller militer dans une association en faveur d'une minorité quelconque. Certes les scénarions restent excellents mais les héros me fatiguent. Certaines fois, j'en viens à lire et à prendre fait et cause pour le tueur en série afin qu'il massacre tous ces crétins lénifiants qui le recherchent. Alors entre du nordique chiant et de l'américain main stream, il me restait la valeur sure : SAS.

C'est le roman que j'achetais un peu à la sauvette en tendant un billet de dix. C'est aussi le roman qui m'a toujours rappelé que malgré l'affirmation selon laquelle je n'aurais pas d'égo, il subsistait tout de même en moi une dépendance au regard d'autrui suffisamment importante pour que je tienne toujours mon SAS bien à plat ou la couverture repliée afin que nul dans le wagon ne sache ce que j'étais en train de lire.

Que voulez-vous, une couverture de SAS avec sa photo de gonzesse et de flingue ça vous classe immédiatement le moindre mec, fut il adorable et cultivé comme je le suis, du côté des beaufs tocards et cela je ne l'aurais pas supporté. C'est d'ailleurs amusant car tandis que je dévorais mon SAS, je pensais souvent à cela : pourquoi as-tu besoind e te cacher pour lire ce livre mon petit Philippe ! En bref, oui, bien que je me délectasse des aventures de Malko Linge, j'étais aussi gêné par le regard qu'aurait pu porter autrui sur moi qu'un ado prépubère pris en train de se masturber en lisant un Play Boy ! Gérard de Villiers m'aura donc amené tout autant de plaisir que de réflexions sur ma condition d'homme soumis au regard des autres et m'aura permis de constater que j'ai toujours des limites.

Quant aux livres eux-mêmes, ils démarraient sur les chapeaux de roues et dès le premier chapitre, le décor était planté. Je souhaite d’ailleurs à tous ceux qui méprisent ce type de littérature d'avoir une parcelle du talent de Gérard de Villiers. Et puis ces romans vous faisaient voyager. D'ailleurs à quelques reprises, je me suis retrouvé aux mêmes endroits que le prince Maloko et j'ai été forcé de me dire que décidément côté documentation, Gérard était un cador parce que tout ce que j'ai vu était comme dans ses livres. 

D'ailleurs une fois que nous ne savions pas ou partir en vacances, mon épouse avait timidement avancé Malte comme destination possible. Et moi impérial, je lui avais dit que ce n'était pas terrible. Et comme elle me demandait si j'y étais déjà allé, je lui avais juste répondu que non mais que j'avais lu Voir Malte et mourir et que cela ne m'avait pas donné envie d'y aller : La Valette se passerait de moi ! Si Malko trouvait cela nul à chier, vous vous doutez bien que jamais je n'y serais allé.

Il y avait aussi les marques, je crois que c'est le seul auteur que j'aie vu être sponsorisé par autant de sociétés. A force on savait par cœur quelles étaient les marques préférées de Malko tant et si bien que n'étant pourtant pas un grand amateur de Vodka, si j'achète de la Stolichnaya, c'est grâce à lui. Et ces parties de baise mémorables au cours desquelles Malko faisait forcément perdre toute dignité à n'importe laquelle des femmes rencontrées, c'était un véritable affront aux mouvements féministes ! Et tiens, toi la blonde, la brune, la rousse, la grande, la petite, hop, prends toi cinquante litres dans les sacoches, gourmande ! Mais bon, à la longue, c'était toujours pareil, et je vous avoue que je passais les deux ou trois pages durant lesquelles Malko se vidait les bourses, sans que cela n'entame la compréhension de l'intrigue.

Et les intrigues ! Parlons en justement des intrigues. Plusieurs fois en dévorant un de ces livres, j'ai eu une autre vision sur le monde tellement les manipulations révélées me semblaient possibles voire probables. On entrait dans le monde du renseignement ou plus rien n'était ni noir ni blanc mais où ne subsistaient que des zones de gris, sauf pour ce qui était de Malko qui gardait toujours un idéal élevé et des valeurs que rien n'entacheraient jamais. En revanche le fait qu'il n'ait jamais fait de référence aux reptiliens m'amènent à douter de leur présence.

Et puis c'était aussi le souvenir d'une époque où les choses étaient moins compliquées. Dans SAS, les femmes, même intelligentes restaient des femmes, cruelles, salopes ou se consumant d'amour pour le héros ou un peu de ces catégories à la fois. Quant aux hommes, eux aussi, partagés entre l'envie de pouvoir, d'argent et de sexe, leur psychologie un peu simple les rendaient immédiatement compréhensibles. C'était un monde à la Delon (père), un monde simple et organisé dans lequel les gender studies n'avaient pas forcément leur place. De toute manière, avec Malko dans les parages, nul doute que n'importe quelle Femen aurait fini au pieux en renonçant à son combat. Avec la disparition de Gérard de Villiers, c'est encore un pan de ma vie d'avant qui disparait !


Repose en paix Gérard !

15 Comments:

Blogger El Gringo said...

Ah tiens, Gérard De Villiers est mort?
Tu me l’apprends car ici, comme tu peux t’en douter, ce n’est pas le genre de nouvelle qui passe à la télé.
Deux remarques :
C’est vrai que dans le politiquement correct actuel Malko n’est plus très bien vu. Voilà ce qu’en dit Wikipedia :
"Les propos sont parfois considérés comme racistes envers certaines populations, ou plus exactement certaines cultures. La cible privilégiée de Gérard de Villiers est le communisme, mais on a vu Malko combattre avec une égale conviction des néonazis, des escadrons de la mort et toutes sortes de méchants, dépeints sans complaisance. De même, bien que Malko soit agent de la CIA, certaines dérives de cette organisation ou de la politique extérieure des États-Unis ne sont pas tues."

Pff…

Deuxième remarque : J'ai arrêté de lire les SAS vers 14-15 ans. "Voir Malte et mourir" étant paru en 1979, je ne l'ai pas lu et c'est bien dommage, ça m'aurait peut-être évité d'aller trainer mes guêtres sur cette ile presque sans plages et sans un seul cours d'eau.

3/11/13 5:31 PM  
Blogger H. said...

Bonsoir,

N'est-ce pas le Gringeot qui a inspiré le personnage d'Elko Krisantem, le garde du corps de ce bon Malko Linge? Il y a en tous cas des ressemblances surprenantes.

Bonne soirée

3/11/13 5:46 PM  
Blogger philippe psy said...

@Gringeot : oui le personnage de Malko est bien plus complexe qu'il n'y parait aux âmes simples socialistes. De deux camps il choisit le moins pire sans avoir d'illusions. Et puis, il a son château de Liezen à entretenir ! Tout ça finalement c'est la faute des petits entrepreneurs qui pratiquent des tarifs prohibitifs ! Putains de maçons, de couvreurs et de plombiers !

@H. : Effectivement, le Gringeot a un côté Elko Krizantem avéré ! D'ailleurs je soupçonne le Gringeot d'entretenir un Tokarev, son arme préférée !

3/11/13 7:31 PM  
Blogger El Gringo said...

C'est pas un Tokarev... ;-)

3/11/13 8:41 PM  
Blogger philippe psy said...

@Gringo : un Makarov !!!

3/11/13 9:03 PM  
Blogger El Gringo said...

Non plus...

4/11/13 2:09 AM  
Blogger Alain Youpi said...

Pour info, le NY Times lui-même avait consacré un long article à Gérard de Villiers en janvier dernier, s'étonnant de la qualité de ses sources. Il avait apparemment prédit pas mal d'événements, comme certains attentats contre Bachar el-Assad.
L'article est là:
http://www.nytimes.com/2013/02/03/magazine/gerard-de-villiers-the-spy-novelist-who-knows-too-much.html

4/11/13 5:32 AM  
Blogger Christine B said...

et quid d'une belle pépé avec son flingue sur une moto?? cela vous aurait-il fait bondir comme dans une post précédent...?
Lisez donc "l'invisible" de R. Pobi... efficace

4/11/13 11:50 AM  
Blogger philippe psy said...

@El Gringo : le lacet oui bien sur mais le fingue c'est un makarov ou tokarev ?

@Alain : oui mais je l'avais noté avant le NYT :)

@christine : une héroïne, pourquoi pas si elle est crédible.

4/11/13 4:38 PM  
Blogger Boudeuse_2013 said...

@Philippe : ce n'était pas un parabellum ?

4/11/13 5:48 PM  
Blogger philippe psy said...

@Boudeuse : effectivement un Astra parabellum ! Et dire que je l'avais oublié ! Putain à Questions pour un champion, je loupais le million d'euros :)

4/11/13 8:36 PM  
Blogger Boudeuse_2013 said...

@Philippe : un million ? Quelle idée curieuse !
Modeste et humble comme tu es, tu n'aurais pas su quoi en faire de toute manière. Sourire.

5/11/13 11:37 AM  
Blogger Bernard Sanz said...

Et la Scandinavie c´est pas votre truc????

6/11/13 8:07 PM  
Blogger Bernard Sanz said...

SAS est aussi la compagnie aérienne scandinave ( Scandinavian Air Service)....Voilà votre problème résolu.

6/11/13 8:13 PM  
Blogger Oana Renault Renault said...

Non mais serieux faut rien avoir dans le crâne pour denigrer Lou Reed , le seul poète songwritter père du rock psychadelique et punk ..et de mepriser cet être incroyablement doué ..un génie. .même denigrer sa mort en la comparant a celle d un autre..trop de la merde une honte

8/11/15 12:33 AM  

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