11 avril, 2014

Tinder et dysmorphophobie !


Et pan, je reçois une nouvelle patiente, jolie en plus, qui me parle de tout un tas de trucs. Je ne me souviens plus des propos que nous tenions. Sans doute en avait-elle marre de son caractère pour telle ou telle raison, toujours est-il que je lui ai expliqué que je n'avais pas les moyens de changer le caractère de quelqu'un. Tout au plus, pouvait-on arrondir les angles, améliorer l'insertion sociale d'un individu en attirant son attention sur ses comportements mais jamais changer radicalement son caractère. Et puis comme je l'ai dit mille fois, je ne suis pas directeur de la norme et je n'ai pas vocation à standardiser les gens. Les IEP et les écoles de commerce font cela bien mieux que moi.

Comme elle soulignait cette volonté de changer de caractère, je lui expliquai donc qu'à défaut d'en avoir moi-même les capacités, elle trouverait sans doute un neurochirurgien peu scrupuleux dans quelque pays perdu pour pratiquer une lobotomie payable en liquide. C'est facile à faire, deux coups de pic à glace aux coins des yeux et hop, le tour est joué. dommage que le grand Freeman, un homme qui a contribué à faire aimer la psychiatrie, soit mort parce qu'avec son orbitoclaste, il faisait des miracles !

Et voici que ma patiente poursuit en m'expliquant qu'en plus, il pourra en profiter pour lui faire une liposuccion puis pourquoi pas, lui refaire les dents. Et moi je poursuis "et la tête alouette". Et c'est vraiment le plus amusant, cette tendance qu'ont les femmes à toujours être au bord de la dysmorphophobie, cette crainte obsédante d'être laide.

Dans les formes les plus courantes, il est certain que le fait de devoir plaire est un enjeu perpétuel pour les femmes. A cela se rajoute la compétition sexuelle qui s'exerce entre elles, quand les plus jeunes ou les plus jolies font de l'ombre aux autres. Enfin l'époque elle-même génère nécessairement une hausse de ces comportements. Entre les photos perpétuellement retouchées qui laissent croire en l'existence de plastiques parfaites et les sites de rencontre où seule la photo semble importante au détriment de la personnalité, il est certain qu'être belle comme dans un magazine est un atout !

Quelle manne inespérée pour les chirurgiens esthétiques et les nutritionnistes. J'en parlais récemment à un gynécologue auquel je disais que je ne comprenais pas pourquoi il se cassait la tête à risquer des poursuites judiciaires en cas d'accouchement problématique alors que je connais un nutritionniste qui se fait cent-quarante euros par séance de vingt minutes avec pour tout investissement une balance ! Si en plus vous avez fait mincir une star, alors c'est le livre et le succès assuré !

Jeudi soir l'un de mes jeunes patients m'a ainsi fait une démonstration de Tinder, l'application de rencontres en vogue. Connecté sur son Ipad, il a juste regardé dans un rayon de deux kilomètres autour de mon cabinet les profils de jeunes femmes qui étaient présentes. Et là, j'ai été estomaqué. Moi qui pensais qu'il prendrait un minimum de temps pour se renseigner sur les jeunes femmes, que dalle ! A une vitesse ahurissante, je l'ai vu glisser vers la droite de l'écran celles qui lui plaisaient et virer vers la gauche de l'écran celles qui ne lui plaisaient pas. 

Une trieuse à pommes de terre n'aurait pas été plus vite que lui ! Comme j'en avais tout de même vu deux ou trois qu'il avait virées et me semblaient pourtant jolies, je me suis risqué à lui faire remarquer. Alors d'un index expert il a remis les dernières photos et il en a gardé une de plus en m'expliquant en quoi certaines lui plaisaient et d'autres non. Ses explications me semblent un peu confuses mais je sens que plus c'est posé, plus cela ressemble à un mannequin, mieux c'est.

Dans les faits, en termes de mannequins on n'est pas vraiment au défilé Chanel, on est plutôt dans la gogo danseuse d'une boîte de province ou d'une Miss camping. C'est vraiment, j'aime, j'aime pas. Aucune procédure d'appel n'est prévue. La notion de charme n'existe pas. Quant à al personnalité, n'en parlons pas ! On est dans le registre du tout petit enfant qui saisit son jouet Smoby simplement parce que la couleur vive lui plait ou qu'il fait du bruit quand on le remue !

Quand on voit cela, même si je n'en fais pas une généralité, je comprends que les tendances anorexiques et dysmorphophobiques aient de beaux jours devant elles.

Tinder en action !


3 Comments:

Blogger Adès Rahmani said...

Ah.. la parade nuptiale...Incroyable ce besoin de plaire aux autres avant de se plaire avant à soi même...

12/4/14 6:28 PM  
Blogger filleàgentils said...

Merci pour cet article. Je sais que je souffre de ce problème et je ne sais pas m'en débarrasser pour le moment. Il y a des jours avec et des jours sans. Pourtant je suis graphiste et je sais très bien comment on gomme des boutons ou de quelle façon rajouter des cheveux, amincir la taille...Tout ça c'est du vent, ça n'existe pas. Entre savoir la théorie et passer à la pratique, il y a un monde.

16/4/14 2:47 PM  
Blogger V. said...

fille a gentils écrit vraiment n'importe quoi pour parler d'elle à n'importe quel prix... Entre utiliser photoshop et la chirurgie réparatrice (dont l'article ne parle pas plus que de graphisme), il y a une pratique qui n'est pas du vent.
votre problème n'est sûrement pas que la chirurgie esthétique soit du vent, mais que ça coûte un bras et que mine de rien, il faut assumer de se faire refaire (ce dont l'article ne parle pas non plus).

21/4/14 2:14 PM  

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