01 mai, 2014

Egoïste et sérieux !


Je me sers de Facebook comme d'agrégateur de sites. Quand j'y vais faire un tour, le plus souvent le vendredi, je vois les liens qui m'intéressent ou non. C'est ainsi que vendredi, je file sur Contrepoints lire un article qui me semble intéressant. Puis, ce faisant j'en regarde d'autre, dont un que je trouve assez niais qui pratique le french bashing en s'en prenant aux français avec un parallèle étonnant. 

L'auteur, sans doute peu au fait du jardinage, nous explique en gros que les anglo-saxons sont mieux que ces abrutis de français parce qu'ils seraient plus libéraux comme en témoigne leurs jardins à l'anglaise qu'il oppose aux jardins à la française.

Si les premiers se distinguent par des formes géométriques à grands coups de haies de buis et de topiaires, les seconds se veulent en revanche plus libres afin de donner une apparence plus désordonnée, plus ... naturelle. En revanche, ce que tout jardinier digne de fois vous dira, c'est que les uns et les autres nécessitent un travail important. Le reste n'est qu'une affaire de goût. Personnellement si je déteste la cuisine anglaise, j'aime bien leurs jardins. Pour autant j'apprécie aussi un jardin à la française. 

Je me fends d'un petit commentaire expliquant que comparaison n'est pas raison et qu'il faut bien mal maitriser le jardinage pour oser penser qu'un jardin anglais serait soumis à plus de liberté. C'est évidemment entièrement faux puisque cette apparente liberté n'est obtenue qu'au prix de réflexions sur les essences à planter et les perspectives à obtenir. 

Si la plupart des commentateurs se rangent de mon côté, l'un d'eux au cours de sa démonstration fait un parallèle entre la société humaine et les abeilles en rappelant la fable des abeilles de Bernard Mandeville dans laquelle l'auteur nous explique que toutes les lois sociales résultent de la volonté égoïste des faibles de se soutenir mutuellement en se protégeant des plus forts tout en soulignant les bienfaits économiques de l’égoïsme. Sans doute que l'égoïsme, compris dans le sens de "son intérêt" peut parfaitement se comprendre.

Mais l'essentiel n'est pas là puisque citer la fable des abeilles n'offrait aucun intérêt. Sans doute avais-je à faire à un émule d'Ayn Rand qui élève l’égoïsme et l'individualisme au rang de vertu. Le problème est que Mandeville et Rand ne sont pas des psychologues et encore moins des spécialistes de l'activité humaine. Si on peut reconnaitre le premier comme un économiste et la seconde comme un écrivain, il n'en reste pas moins que leurs idées reposent essentiellement sur leur propre vision du monde, leur réalité et non sur une quelconque objectivité.

On me rétorquera bien sur que la psychologie en tant que science humaine n'est pas forcément objective. Tout au plus, essaie-t-elle d'objectiver du subjectif. Mais plus encore, et c'est là toute sa force, c'est qu'elle reconnait la subjectivité d'un être humain. Ainsi, si l'on prend la phrase d'Adam Smih qui nous explique que "« ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger qu’il faut espérer notre dîner, mais de leur propre intérêt », on ne peut qu'être d'accord. En ce cas, on pourrait admettre que le boucher, le brasseur et le boulanger suivent leur propre intérêt.

En revanche, on s'aperçoit que fut on boucher, brasseur ou encore boulanger, on souhaite tout de même se prémunir des coups du sort. Pour cela, il faudra toujours compter sur autrui, qu'il s'agisse de prendre des assurances, d'entretenir un réseau d'aide ou plus généralement de faire appel à quelqu'un pour ce que l'on ne sait pas faire. Bref, si l'intérêt personnel est bien compris, il n'en reste pas moins qu'il ne résulte pas d'un égoïsme forcené et que les gens intelligents se rendent très vite compte que la coopération n'est pas inscrite dans notre espèce pour rien. Un fabuliste bien plsu connu que Mandeville, La Fontaine a écrit de jolies choses sur le sujet.

Sans doute que l'intelligence de l'espèce réside dans le fait de faire coïncider des intérêts divergents via des contrats. Quand il s'agit du capital face au travail, les riches achètent les élus et les pauvres s'unissent en syndicats mais à la fin, si les uns et les autres veulent que l'usine fonctionne, il faudra négocier de manière à ce que les deux parties trouvent une issue mutuellement favorable. Même ce bon vieil Henry Ford a fini par autoriser le syndicalisme dans ses usines et par augmenter ses salariés parce que plus personne ne voulait travailler chez lui. Seuls les crétins s'entretuent, les autres coopèrent plus ou moins harmonieusement.

L'être humain possède donc sa subjectivité et est plus complexe qu'on ne l'imagine. Raisons pour lesquelles, les prescriptions du travail bébêtes ânonnées dans les sup' de co tout comme la philosophie simpliste de Rand, de même que les slogans stériles et partageux des  gauchistes, ne séduisent généralement que les jeunes et les idiots qui sont d'ailleurs souvent les mêmes. Il n'y a qu'à voir le succès des idées minarchistes ou gauchistes pour se rendre compte que ce sont des voies de garages.

Bref, si l'intérêt d'un individu est bien sur prééminent, il est donc évident que s'il est intelligent ou du moins mature, il lâchera Atlas shrugged pour tenter autant que possible de faire coïncider son propre intérêt avec celui de ceux qui l'entourent.  Le socialiste jaloux et prédateur finir par s'appauvrir parce qu'il décourage l'initiative individuelle tandis que le droitard avide et cupide finit parfois pendu à un réverbère parce qu'il oublie qu'un type avec le ventre vide n'a plus rien à perdre. L'égoïsme est une voie sans issue.

Ce n'est donc évidemment pas l’égoïsme pas plus que l'intérêt personnel qui doivent être pris en compte mais l'intérêt mutuel. Le problème étant que même si l'on parvient à admettre cela, il n'en reste pas moins que la notion d'intérêt propre ou d'intérêt mutuel reste largement subjective dans la mesure ou l'on considère justement la subjectivité comme étant l'état de quelqu'un qui considère la réalité à travers ses seuls états de conscience.

Bref, là où le lecteur de Rand tout comme son adversaire, le socialiste pragmatique, se veulent rationnels et objectifs, ils ne font en fait qu'exprimer leurs subjectivités propres. La subjectivité n'est que l'état de quelqu'un qui considère uniquement les choses d'après ses impressions et opinions personnelles. Néo-cortex tout puissant enfin débarrassé des scories de son système limbique qui lui rappelait trop son animalité, notre idéologue pense avoir trouvé la voie alors qu'il ne fait généralement que prouver son immaturité.

Si l'égoïsme a été pointé par la morale comme étant un défaut, ce n'est sans doute pas un hasard mais simplement du fait qu'encourager ce comportement en le sélectionnant aurait amené la disparition de l'espèce. Soyez en train de crever au bord de la route sans que personne ne s'arrête et vous verrez que l’égoïsme a des conséquences. Même des expériences sur les rats démontrent que l'empathie est une réalité chez les espèces ayant de fortes interactions sociales. Cela n'empêche pas une hiérarchisation.

J'en étais donc là de mes pensées, tout en les ayant développées bien moins largement, me contentant de proposer la lecture de certains ouvrages sérieux de psychologie du travail à mon contradicteur, lorsque celui-ci m'asséna uen réflexion selon laquelle je n'écrivais de toute manière pas d'articles sérieux. Et pour ce faire, il mit un lien pointant vers un article dans lequel je parlais de la manière de se comporter avec les femmes.

J'aurais plu gloser à loisir sur le fait que parmi les plus de mille huit cents articles que j'aie pu écrire, il ait sélectionné celui-ci. Peut-être dois je en conclure que le lecteur de Ayn Rand est sans doute un jeune type sensible qui refoule sa sensibilité en tentant de surcompenser sa virilité afin d'apparaitre dur et égoïste. Je ne suis pas allé jusque là. J'aurais aussi pu rétorquer qu'en manière d’articles peu sérieux, il aurait pu citer ceux dans lesquels je mets des marcassins. C'eut été encore plus révélateur du manque de sérieux de ce blog.

Je n'ai évidemment pas répondu à cet individu, ne souhaitant pas polémiquer. Toutefois, cette notion de "sérieux" m'a interpellée. On considère sérieux ce qui est fiable, solide, sage et digne de confiance. Je me considère comme étant sérieux. En revanche, il n'a jamais été dit que le fait d'être sérieux entraine celui d'être pénible ou indigeste voire ennuyeux. J'aurais aussi pu expliquer cela à mon contradicteur. 

Mais il en est sans doute à un âge où tout ce qui brille est d'or et ou l'on croit que ce qui est compassé et pénible est nécessairement sérieux tandis que le second degré, le dilettantisme, le recul et la plaisanterie sont nécessairement la forme que revêt l'amateurisme. Mais bon c'est un âge où l'on se perd dans des lectures et des études stériles, où l'on s'inscrit dans des mastères ou des filières aux noms pompeux. Il faut que jeunesse se passe, que les branleurs aient un peu de plomb dans la tête et que les trop sérieux prennent un peu de recul.

Personnellement, je trouve Alin Juppé parfaitement chiant et arrogant et aucunement sérieux. Mais c'est sans doute ma subjectivité qui s'exprime. Même si j'adore songer que ma subjectivité est objective ! En tout cas, son blog est dépourvu de marcassins !

5 Comments:

Blogger El Gringo said...

Monsieur et Madame CASSIN ont un fils.
Comment l'appellent-ils?

2/5/14 3:37 AM  
Blogger chaton said...

Heureusement, la vénération d'Ayn Rand outre-atlantique a fini par générer des anticorps en réaction.

Ainsi est née la sagesse populaire comme quoi deux romans peuvent changer la vie d'un rat de bibliothèque de 14 ans: Le Seigneur des Anneaux et La Révolte d'Atlas. L'un est un pur fantasme infantile de toute puissance pleine de héros invraisemblables pouvant mener à une immaturité émotionnelle qui grève à jamais la vie sociale adulte; tandis que l'autre met en scène des orcs.

http://jeannebedwell.com/460/

2/5/14 2:34 PM  
Blogger philippe psy said...

@Gringeot ? euh j'avais pensé à Marc mais c'est put être Mo ? Mo Cassin ? :)

@Chaton : oh c'est un classique du jeune mâle que d'être dans la toute puissance, spécialement quand il ne contrôle pas grand chose dans la vraie vie :) Moi mon truc, c'était le dandysme ou la manière d'assumer le fait d'être un branleur en espérant passer pour un mec blasé !

2/5/14 4:30 PM  
Blogger Adès Rahmani said...

DSK avait l'air sérieux aussi...

3/5/14 1:50 PM  
Blogger El Gringo said...

Omar! Le petit CASSIN s'appelle Omar, bien sûr...

4/5/14 2:32 AM  

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