01 juin, 2008

Stades de Kohlberg 2 : la théorie

Lawrence Kohlberg

Lawrence Kohlberg (1927-1987) a été l’un des premiers, sur la base des travaux de Jean Piaget, à s’intéresser au développement moral de l’individu. Il soumettait ses sujets d'expérience à des dilemmes moraux présentés sous forme de petites histoires, puis leur demandait de porter un jugement moral sur le comportement de l’acteur principal de l’histoire.

En analysant essentiellement les raisons évoquées pour porter leur jugement, Kohlberg en vint à dégager trois grands niveaux de jugement moral, lesquels se subdivisent à leur tour en deux pour former six stades successifs où la personne tient de plus en plus compte des autres dans sa façon de se comporter.


1- Stades préconventionnels :

Ils ont lieu avant que l’individu ne prenne conscience des conventions sociales. L’individu est isolé et prend ses décisions uniquement en fonction de ses attentes immédiates.

Au stade 1 dénommé Punition/Récompense. (entre 2-3 ans et 5-6 ans environ), il cherche surtout à éviter la punition que les détenteurs de l’autorité (les parents par exemple) peuvent lui administrer.

Au stade 2 du Donnant/Donnant. (entre 5 et 7 ans, jusqu’à 9 pour certains), il apprend qu’il est dans son intérêt de bien agir parce qu’il y a des récompenses à la clé.


2- Stades conventionnels :

A ce stade, ce n’est plus l’individu mais le groupe social (famille, amis) qui est considéré comme étant le détenteur du pouvoir. L'individu prend donc en compte les us et coutumes du groupe pour adopter un comportement.

Au stade 3 Bonne concordance interpersonnelle (entre 7 et 12 ans environ), l’individu ressent le besoin de satisfaire aux attentes des membres de son groupe d’appartenance. Ce faisant, il cherche à préserver des règles engendrant un comportement prévisible.


Au stade 4 Loi et ordre (entre 10 et 15 ans en moyenne), les conventions qui orientent le comportement s’étendent à celles de la société dans laquelle évolue la personne. En réfléchissant au bien-fondé d’une action, l’individu se demande si elle est conforme aux normes et aux lois de la société dans laquelle il évolue.

3- Stades postconventionnels :

Ces deux derniers stades se situent au-delà des balises d’une société donnée. L'individu s'extrait du groupe.

Au stade 5 dit du Contrat social (jeunes adultes), l’individu a l’impression d’avoir un engagement contractuel, librement consenti, envers chaque personne de son entourage. Cet engagement se fonde sur une estimation rationnelle des bienfaits que chacun pourrait retirer de l’existence de ces règles et d’une recherche du consensus.


Au stade 6 appelé Justice et principes éthiques, ce sont des principes moraux universels qui influencent les jugements du bien ou du mal. La personne admet que les lois et les accords sociaux ont une certaine validité, mais si les lois entrent en conflit avec ses principes fondés sur la dignité humaine, il respectera plutôt ces derniers qu’il considère comme une exigence intérieure.


Kohlberg a un peu plus tard décrit un stade 7, appelé Mystique qui désigne le stade méta-éthique dans lequel, le sujet devient capable de problématiser toute action ou intention en se demandant pourquoi celle-ci pourrait être morale.

***

Pour Kohlberg, les gens franchissent ces stades dans l'ordre indiqué, la plupart des enfants possédant une moralité préconventionnelle, et la plupart des adultes une moralité conventionnelle. Quant au niveau postconventionnel, Kohlberg évaluait à seulement 20 ou 25 % la proportion des adultes qui l’atteignent.



Cette modélisation du développement moral, bien qu'elle fut critiquée, a l’intérêt de rappeler certaines lignes de force qui structurent le cheminement d'un individu pour construire le rapport qu'il entretien avec les autres. Cette modélisation nous remet aussi en mémoire que tous les individus que nous croiserons ne sont pas parvenus au même stade de développement moral et surtout que ce n'est pas parce que l'on est adulte, que l'on est moral.

Rappelons, puisque j’ai eu l’occasion de parler des enfants précoces et surdoués, que ces derniers se manifestent très souvent par un développement moral très avancé au regard de leur âge.

Du sérieux !


Allez hop, j'avais promis un truc sur les stade des développement moral de kohlberg et je l'ai fait. Ce n'est pas un article que vous avez mais carrément trois ! Fini les histoires de jantes larges de 4L, et de boîtes de thon décorées, on a du roboratif à se mettre sous la dent.

Allez hop, comme cela je justifie le titre de mon blog. Bon, ce genre d'articles c'est toujours intéressant mais qu'est-ce que c'est chiant à écrire. Faut faire des recherches sur le net, dans des bouquins, copier, arranger les trucs pour les rendre digeste, penser à rédiger de petites anecdotes sympas pour rendre l'exposé vivant et à la fin, on a tout de même un sacré gros truc à avaler. De plus, alors que je devrais citer mes sources, je ne le fais jamais. Il faut dire que je fais de gros copier coller sur Word, qu'ensuite je résume, je taille, je coupe, j'agrège, je modifie, je réécris, je mets mes trucs à moi, tant et si bien qu'à la fin, je ne sais plus d'où vient quoi !

Et pourtant, c'est passionnant comme théorie les stades de développement moral de Kohlberg. D'une part, ça prouve que nous n'en sommes pas tous au même stade et qu'on navigue perpétuellement entre le Christ et l'animal. Que globalement, les mouflets sont généralement de petits salopiauds qui ne pensent qu'à eux et n'agissent qu'en fonction d'un système de punition/récompense comme des clébards.

C'est peut-être ce qu'avait pressenti pépé Freud quand il les a baptisé pervers polymorphes ces sales gosses. La connaissance de ces stades indique que l'éducation est un facteur important pour faire évoluer les chiards. Sinon, parvenus à l'adolescence ou à l'âge adulte, ils continuent à faire chier la terre entière en pensant que leurs problèmes sont ceux de tous ! Et pour faire intégrer la loi à ces petits cons, c'est plus maman qu'il faut, c'est papa. Enfin, on avait coutume de dire, que si le rôle du père était ténu, c'était surtout ce rôle qui lui incombait : sortir le gamin des jupes de maman pour le faire entrer dans le vaste monde.

Mais la théorie rappelle aussi, que même adultes, nous ne parvenons jamais tous au même stade de développement moral. Kohlberg disait même que seul entre 20 et 25% des adultes atteignaient les sixième stade.

Alors qu'en déduire ? Déjà, qu'il faut toujours se méfier. Parce que ce n'est pas parce que vous conversez avec un adulte qu'il est fait comme vous. Vous pouvez avoir à faire à un individu toxique, une saloperie restée bloquée au stade préconventionnel et agissant comme un gosse en fonction d'un système basique punition/récompense.

Ce stade préconventionnel, vous le retrouverez par exemple chez certains de nos amis fonctionnaires grévistes. La communauté, rien à battre ! Ce qui les motive, c'est eux et leurs avantages acquis. Le monde peut s'écrouler autour, rien à cirer ! Et s'ils font grève, c'est justement parce qu'il n'y pas de risques. Aucun risque d'être lourdé et parfois même, les jours de grève seront payés. Et le plus beau, c'est que comme ils ont été démasqués depuis longtemps, certains osent affirmer que justement ils se battent aussi pur nous, les p'tits gars du privé ! On fait grève pour la récompense (avantage acquis) et on sait qu'il n'y aura pas de punition.

Et puis, pour tous ceux qui ont atteint le stade six de kohlberg, il y a aussi à supporter tous ceux qui en sont restés au stade conventionnel, soit la majorité des individus, qui n'agissent qu'en fonction du groupe et de la société.

Et ça c'est dur de songer qu'on est parvenu à s'extraire de la masse pour intégrer en soi les règles et qu'il faut toujours dialoguer avec des abrutis qui ne s'extrairont jamais de la masse. Alors parfois ça peut explique la misanthropie.


Bon, pour les meilleurs, on peut tenter de parvenir au stade sept qu'avait entrevu ce cher Kohlberg. Souvenez-vous, c'est celui qu'il avait appelé stade mystique. La, il s'agit de marcher sur les traces du Christ. On n'en veut plus aux autres d'êtres des cons, on les plaint sincèrement. A ce stade, je suis persuadé qu'il faut être parvenu au stade post-conventionnel pour être un authentique libéral . En dessous, aux stades préconventionnels et conventionnels, vous n'aurez que des socialos ou des conservateurs débiles. Donc en gros, le libéralisme, le vrai, pas celui vendu par Sarko ou pire Delanoë, c'est fait pour les plus brillants d'entre nous.

Bon, vous noterez que j'ai tout de même mis une boîte de thon en illustration pour que vous n'imaginiez pas que j'allais rester chiant et vous pondre des articles techniques tout le temps. Je vous rappelle qu'avec la boîte de thon vide, vous pourrez faire de jolis cendriers. Et si vous ne fumez pas, parce que c'est vilain, ben ça vous fera des vide-poches.

Stades de Kohlberg 3 : les dilemmes

Pour déterminer le stade de développement moral auquel est parvenu un individu, Kohlberg va utiliser des dilemmes. Il les soumettra aux individus en s'intéressant non pas, à la solution retenue, mais à la manière dont le sujet est parvenu à cette décision.

Exemple classique de dilemme : Le dilemme moral de Heinz

La femme de Heinz est très malade. Elle peut mourir d’un instant à l’autre si elle ne prend pas un médicament X. Celui-ci est hors de prix et Heinz ne peut le payer. Il se rend néanmoins chez le pharmacien et lui demande le médicament, ne fût-ce qu’à crédit. Le pharmacien refuse.

Que devrait faire Heinz ? Laisser mourir sa femme ou voler le médicament ?

Rappelons que l'oOn peut choisir une même issue au dilemme pour des raisons différentes. C'est sur la base des justifications invoquées par les sujets de l’expérience pour choisir une solution, Kohlberg élaborera sa théorie du développement moral en trois niveaux et six stades moraux (article précédent).

Ce qui caractérise le stade moral, ce n’est donc pas le choix retenu mais l'argumentation invoquée. Laisser sa femme mourir ou voler le pharmacien, peu importe, ce qui compte, c’est la manière dont le sujet d’expérience a été amené à faire ce choix.

Ainsi, pour reprendre le dilemme classique de Heinz, on pourrait recenser les justifications suivantes :

Solution 1 : Heinz doit laisser mourir sa femme

Stade préconventionnel (enfants) :

Stade 1 : Parce que sinon les gendarmes le mettront en prison ;

Stade 2 : Parce qu’ainsi il pourra se trouver une autre femme ;

Stade conventionnel (adolescents et adultes jeunes)

Stade 3 : Parce que ses collègues ne comprendraient pas qu'il puisse être un voleur

Stade 4 : Parce que le vol est interdit par la loi

Stade post-conventionnel (adultes)

Stade 5 : Parce que le droit de propriété est à la base des législations démocratiques

Stade 6 : Parce que le droit de propriété est un principe universel

Heinz doit voler le pharmacien

Stade préconventionnel (enfants)

Stade 1 : Parce que sinon Dieu le punirait d'avoir laissé mourir sa femme ;

Stade 2 : Parce qu’il veut que sa femme puisse encore lui faire à manger ;

Stade conventionnel (adolescents et adultes jeunes)

Stade 3 : Parce que ses amis ne comprendraient pas qu'il ait laissé mourir sa femme ;

Stade 4 : Parce que la non-assistance à personne en danger est punissable par la loi ;

Stade post-conventionnel (adultes)

Stade 5 : Parce que la santé est un principe de bien-être ;

Stade 6 : Parce que le droit à la vie est un principe universel ;


La justification prend la forme « Heinz doit faire ceci ou cela parce que ... » et constitue l’énoncé des raisons du choix. La croissance morale est évaluée en fonction de la capacité de l’individu à se décentrer par rapport à sa particularité, s’en abstraire, pour finalement mobiliser librement des principes , des règles de jugement et d’action qui sont valables pour le plus grand nombre et puis pour tous.


Kohlberg parle d’une « logique du développement », ce qui signifie qu’il s’agit d’une séquence invariable de six stades selon les justifications apportées au choix d’une alternative dans un dilemme moral.

Ce genre de dilemme est souvent proposé à des candidats postulants à des emplois soumis à de fortes responsabilités. Voici près de vingt ans, un de mes amis postulat à un emploi dans une banque d'affaire s'était vu proposer le dilemme suivant :

Une jeune femme au chômage, mère deux enfants en bas-âge, est prise en train de voler dans le magasin que vous dirigez. Que faites-vous ?

1) Vous contentez vous de l'admonester en lui rappelant que le vol est interdit avant de la laisser partir en emmenant les marchandises parce que vous comprenez sa situation ?
2) Appelez-vous la police et portez-vous plainte parce que le vol est inadmissible quelle que soit la situation de la personne ?

Tandis qu'emporté par leurs émotions, la plupart des candidats avaient massivement choisi la première solution, mon ami décidé d'opter la seconde. Il se fit copieusement insulter.

Les premiers, bonnes âmes, trouvaient que la situation de la jeune femme était désespérée et justifiait ce vol même s'ils admettaient que le vol fut mal. Mon ami expliqua qu'il plaignait cette jeune femme mais qu'en France, il y avait des spécialistes de l'aide sociale. Dès lors, rien ne justifiait le vol. Le tolérer c'était ouvrir une brèche inadmissible dans laquelle tout le monde s'engouffrerait en justifiant leurs mauvaises actions. Il ne doutait pas non plus que la justice se montre clémente avec cette jeune femme.

Il fut embauché. Il était au stade 6 de Kohlberg.

Stades de Kohlberg 1 : approche

Voici quelques semaines, une jeune patiente me relate le décès dramatique de la mère d'une de ses amies. Elle m'explique ensuite, qu'elle a accompagné son amie à la faculté où elle devait signer un document administratif. La secrétaire a rappelé que ce document aurait du être signé la semaine dernière. Son amie explique alors que le jour où elle aurait du faire cette formalité administrative, sa mère est décédée.

Loin de s'apitoyer sur son sort, la secrétaire explique que cela ne l'excuse pas et qu'une date est une date. Ni compassion, encore moins de condoléances, la jeune femme se heurte à ce qu'il y a de plus abject dans l'administration. Ma patiente s'énerve alors en faisant remarquer à cette fonctionnaire son odieuse rustrerie.

C'est alors que cette femme lui rétorque qu'elle peut bien dire et faire ce qu'elle veut, et même la menacer d'écrire au président de l'université, que de toute manière elle ne risque rien. La remarque est ans appel et les deux demoiselles sont congédiées. Ma jeune patiente n'en revient pas et quitte le bureau de la rustaude en claquant la porte, durement choquée par tant de méchanceté.

Benoîtement, je lui explique que cette femme est, du point de vue du développement moral, situé au premier des trois stades décrits le psychologue Kohlberg (voir article suivant). Je poursuis en lui disant qu’à mon sens, il n'y a pas grand chose à faire puisque faire naître une conscience morale est difficile, voire impossible dans le cas de sociopathes avérés.

Manifestement, telle que m’a été racontée l’histoire, cette secrétaire administrative en restée à un stade où elle agit en fonction de ce qu’elle peut redouter. C’est ainsi qu’en expliquant à ma patiente qu’elle peut bien écrire au Président de l’Université car elle ne risque rien, elle clame haut et fort qu’elle ne redoute aucune punition.

Cette secrétaire explique donc que ses choix et décisions ne sont pas faits en fonction de ce qu’elle éprouve elle-même en tant qu’adulte qui aurait pu intégrer le bien et le mal, mais en fonction d’un processus de punitions/récompense.

C’est donc un stade de développement moral très bas. C’est celui qu’on retrouve chez les enfants avant l’âge de sept ans mais aussi chez les animaux domestiques. On agit ou non en fonction de ce que l’on espère ou redoute. C’est presque un stade moral mécaniste puisque les réactions sont binaires du type, « si récompense alors j’agis » mais « si punition, alors je n’agis pas ».

On aurait tort de penser que parce qu’un individu est adulte, il pourra faire preuve d’empathie. Rien n’est plus faux, regarder les gens vivre autour de vous et vous constaterez que nombreuses sont les personnes peu avancées sur un stade moral.

Chez ces personnes, outre le diptyque récompense/punition, l’envie et la jalousie seront aussi de puissants moteurs. Fort heureusement, elles sont assez faciles à démasquer. A nous d'éviter de les fréquenter. Malheureusement, certains secteurs, que je ne nommerai pas ici, semble particulièrement attirer ce type de personnes.

08 mars, 2014

Aristos cathos, foi et morale !


Si j'ai eu peu de people depuis que j'ai ouvert mon cabinet, en revanche je ne compte plus les aristocrates catholiques venus me confier leurs tourments. Tandis que les premiers comptaient sans doute sur des confrères médiatisés pratiquant la psychanalyse pour apaiser leurs névroses de stars, les seconds se sont contentés de ma simplicité.

Je ne compte donc plus les comtesses et comtes, marquises et marquis, barons ou duchesses venus s'épancher et se plaindre de la dureté de la vie. C'est bien simple, il me suffirait de privatiser la galerie des Glaces pour y organiser un bal capable de faire rougir le grand Louis XIV en personne. Bien sur, parmi eux, j'ai toujours distingué la noblesse d'épée de la noblesse de robe, les vieux patronymes mérovingiens sentant bon la pierre rude des donjons de ceux ayant le relent de la savonnette à vilains.

Je dois cet état de fait à un psychiatre très catholiques avec lequel j'ai collaboré et qui eu l'idée de m'envoyer un certain nombre de ses patients. Les Aymeric, Foulques, Enguerrand et autres Amaury sont légion dans mon cabinet autant que les Kevin, Jordan et Steve ailleurs. Ils sont ceci dit très sympathiques et j'ai ainsi donné à un Amury le charmant surnom de Momo tandis que je ne me suis pas privé pour expliquer à une princesse franque à la tête dure qu'elle m'emmerdait ! 

Qu'on se rassure, l'excellente éducation qu'ils ont reçue ne les prédispose pas pour autant à être aussi fragiles que la princesse au petit pois du comte. On peut taper dedans ou dessus et exiger et tout se passe bien. De toute manière, dans mon cabinet, je reste le chef et autant dire leur suzerain, je dis ce que je veux si cela me semble utile. si un jeune confrère me lit et qu'il est un peu anxieux à l'idée de recevoir un nom à particules chargé d'histoire, qu'il se rassure : l'aristo répond aussi bien au traitement que le prolo.

En revanche, s'il y a bien un problème qui se pose, c'est la religion. La plupart sont des catholiques pratiquants ce qui ne me dérange aucunement. Mais leur pratique m'apparait toujours tellement désuète qu'elle ne cesse de m'étonner. Et j'ai beau avoir fait mes études à Sainte-Marie, être baptisé et tout et tout, je sens parfois qu'il y a un fossé entre eux et moi. C'est alors que je me plais à leur rappeler que l'esprit passe avant la lettre et que leur application parfois rigide des textes me donnent à penser qu'ils sont de parfaits pharisiens. Et si cela ne suffit pas, j'aime à leur dire que leur pratique religieuse s'apparente plus à l'Islam qu'au Catholicisme dans la mesure où ils semblent convenir qu'il y a des choses haram tandis que d'autres seraient hallal. 

Il en va ainsi des histoires de fesses en général et du sexe en particulier et c'est bien dans cette catégorie de clientèle que j'ai eu des records de virginité. Les trentenaires vierges sont légion. Et bien entendu, bien que ce soit interdit, le sexe les titille toujours un peu, voire beaucoup, et Internet n'y et pas pour rien. Mais il ya la loi qui leur défend de coucher avant la mariage. Il n'y a pas de problèmes particuliers qui rendent les rapports sexuels problématiques si ce n'est ... la religion.

J'ai beau songer en rigolant sosu cape que si l'on remontait dans leur généalogie, on trouverait un certain nombre d'ancêtres dont le géniteur devait être le palefrenier plutôt que le châtelain des lieux, rien n'y fait. La réputation de trousseur de soubrettes qu'on a tant fait porter aux nobles semblent être passée de mode depuis la fin du XIXeme siècle. A croire que tous lisent les charmants opuscules rédigés par des évêques, qui connaissaient aussi bien le sexe que moi le bricolage, vendus à la Librairie Duquesne.

En matière religieuse, si l'on tentait de faire coïncider leurs croyances aux stades moraux de Kohlberg, la plupart seraient restés au stade conventionnel. On ne pratique pas parce qu'on leur a dit que c'était mal. Point barre. On en reste au respect de l'autorité et au maintien de l'ordre social que l'on ne discute pas. Le nouveau Testament n'existe plus, on revient au Dieu vengeur et pas très rigolo de l'Ancien. La réflexion éthique sur laquelle se fonde le dernier stade moral de Kohlberg est ainsi difficile à atteindre. S'agissant d'une parole divine vécue comme une loi définitive, elle ne se discute pas. Peut importe l'époque, l'âge ou autre, on respecte.

Je leur explique tout de même que coucher avec quelqu'un que l'on aime n'est pas de la licence, ni de la pornographie et encore moins de la luxure, cela reste compliqué. Car bien entendu, je ne préconise pas l’hédonisme à tout crin ni la révolution marcusienne pour tous ! Toutefois, ayant le souvenir du Confiteor qui édicte que l'on pêche en pensées, en paroles, par actions ou omissions, je leur rappelle que quelle soit leur volonté, ils l'ont dans l'os, ils sont pécheurs et puis c'est tout ! 

Je rappelle aussi à certains que la branlette sur internet est aussi un péché et que quitte à s'amuser autant le faire en vrai avec une vraie femme. Et avec des mots plus choisis, je confie aussi à certaines que se sentir "émue" au contact d'un homme est aussi une pensée impure ! Bref, il ne sert à rien de se murer dans un orgueil intransigeant et puéril, le péché est là car l'acte de chair a été consommé bien des fois et ce en l'absence de tout partenaire.

Bref je leur rappelle qu'il faut bien s'incarner et que Dieu les a créés boiteux en espérant qu'ils marchent droits ! D'ailleurs comment révérer un Dieu qui s'est lui-même incarné et refuser à ce point son corps ! C'est sans doute là le vrai péché. Et bon an mal an, je parviens ainsi à les amener dans la voie rédemptrice du couple et de la relation sexuelle.

J'espère qu'en jetant mes frêles marquises dans les bras musclés d'un homme ou mes charmants comtes contre les seins laiteux d'une donzelle, je ne fais pas le mal. Dans tous les cas, ça aura été de bonne foi. Il m'aura toujours semblé, qu'à moins d'être appelé à servir Dieu en restant chaste, nous étions fait les uns et les autres pour vivre en couple et non pour macérer dans un triste célibat subi. Et si j'ai mal agi, quand je serai mort, priez pour moi et allumez un cierge de temps en temps ! 

Demandez à Sainte Bernadette ou à Sainte Jeanne d'Arc d'intercéder pour le salut de mon âme. Je les aime bien parce qu'elles sont capricornes comme moi !

18 septembre, 2010

Le moment de s'effacer !


Moi, j'aime bien les gens. Ma porte est ouverte et je reçois beaucoup. On passe de bons moments mais je sais qu'à un moment donné les gens auront toujours mieux à faire que de venir. Nous en parlions avec Thomas qui s'étonnait que X passe moins à la maison ou que je n'aie pas tout fait pour me réconcilier avec Y et Z.

Je lui ai dit que X ayant une copine, cela me semblait normal qu'il passe du temps avec elle plutôt qu'avec moi, que c'était dans la logique des choses. Quant à Y et Z, viendrait sans doute un moment où ils me recontacteraient. Je lui expliquai qu'à mon avis l'amitié était aussi largement dépendante des circonstances de la vie. Ainsi, nous avons tous eu des amis d'écoles avec qui c'était "à la vie, à la mort" que l'on n'a pourtant jamais revus une fois le bac obtenu.

On a parlé de quelques cas communs et il m'a trouvé extrêmement pessimiste sur les gens. Pourtant je ne lui ai pas dit que tout le monde finissait par trahir mais simplement que tout avait une fin même les relations qui semblaient les plus solides, que c'était ainsi et que c'était la vie. Curieusement, il m'a dit que compte tenu de mes connaissances, je pourrais les manipuler pour qu'ils restent : les culpabiliser par exemple. J'ai trouvé cela étrange et lui ai expliqué que cela ne me viendrait pas à l'idée. Qu'il ne me semblerait pas très utile de voir quelqu'un simplement parce que sa présence résulte d'une sorte de chantage affectif intolérable.

Il m'a demandé si je m'en fichais en se doutant que ce n'était pas le cas. J'ai effectivement répondu que je n'étais pas aussi insensible que cela. Mais qu'ayant, comme lui d'ailleurs, la chance d'être né sous le signe du capricorne, le signe du temps, j'étais patient et que j'étais capable de me pétrifier, de me mettre en plongée profonde et d'attendre. Que si j'étais extrêmement sociable, la solitude ne me faisait pas pour autant peur.

Les gens font ce qu'ils veulent et restent libres. J'ai toujours adoré l'idée émise en psychologie sociale que la base de tout lien social reste l'utilité. Il n'y a rien de gratuit et le don pur n'existe pas. On ne fréquente les autres que parce qu'ils nous sont utiles, même si cette utilité n'est évidemment pas forcément odieuse matérialiste. Et comme je le disais en préambule, cette utilité est aussi largement dépendante des circonstances. Si j'avais été en 1916 à Verdun, mon meilleur pote de régiment aurait été un frère sous les obus, qui m'aurait peut-être oublié vingt ans près.

Dès lors, on cesse de fréquenter certaines personnes ou elles cessent de nous fréquenter parce que cette utilité n'existe plus. Quand on devient inutile les liens cessent. La relation perdure parfois parce que la culpabilité fait durer un peu le lien, mais la plupart des gens n'ont pas suffisamment de conscience de leur faute pour ne pas pouvoir se pardonner à eux-mêmes.

L'expiation ne dure jamais bien longtemps juste le temps de se trouver des justifications. On est toujours trahi par ceux que l'on aime. Les autres n'ont aucune prise sur nous. Chacun sait que l'expression qui dit que lorsque l'on va mal on apprécie la douceur de l'infirmière mais que lorsque l'on va bien on ne se souvient que de la douleur des piqûres est vraie.

Thomas m'a semblé troublé et étonné, un peu comme si je venais déverser un seau de merde malodorante dans son monde de Bisounours ou que je venais de piétiner la belle maison en légos qu'il venait de réaliser en lui disant qu'on s'en foutait parce que ce n'était pas une vraie maison.

Je déteste abuser des vingt ans qui nous séparent, mais là, j'étais forcé de lui dire que mon expérience l'assurait : les gens trahissent toujours. Dès lors il faut juste les aimer pour ce qu'ils sont. Aimer les gens, c'est en être responsable, c'est tout. Il faut juste pour l'accepter que le cœur se brise ou se bronze. Ce doit être la différence entre la sensibilité et la sensiblerie. Et puis être patient et se souvenir de ces vers d'un autre capricorne célèbre Rudyard Kipling dans son célèbre poème stoïcien If : Et si tu peux aimer tous tes amis en frère /Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.

Il a trouvé cela étrange. Sans doute aurais-je du lui dire que si l'on se référait aux stades moraux de Kohlberg, que j'avais déjà abordé ici, on pouvait trouver des gens aux idéaux plus élevés, chez qui les circonstances n'avaient que peu de prises sur les relations. Mais ce stade 7 que Kohlberg appelait mystique est plutôt rare. De toute manière, ils finissent toujours par revenir, enfin la plupart.

Les gens trahissent toujours. Et les capricornes qu'animent la lucidité saturnienne le savent très bien. D'ailleurs Paul Léautaud, écrivain capricorne misanthrope, dont la dernière phrase avant de mourir fut "maintenant foutez-moi la paix", l'écrivait dans son journal :

«Il est plus difficile de rendre que de ne pas recevoir.»

28 juillet, 2014

Scrupules et crevardise !


On peut facilement confondre les scrupules habitant une âme pieuse et l'anxiété banale ressentie par bon nombre de personnes. Ainsi, tandis que j'allais dans une jardinerie à la recherche d'une piémontoire, voici ce qui m'est arrivé.

Avant tout cher lecteur, il faut vous préciser ce qu'est une piémontoire. C'est comme une pioche sauf que le bout pointu est en forme de hache pour trancher les racines. On l'appelle aussi pioche-hache mais c'est nettement plus savant de lui donner son vrai nom de piémontoire. Disons que cela vous classe tout de suite dans la catégorie de ceux qui s'y connaissent et non parmi les jardiniers amateurs. 

Dans cette jardinerie très connue, si vous demandez une pioche-hache, on vous regardera à peine en vous désignant des outils médiocres à manche de bois. Tandis que si vous exigez une piémontoire, le vendeur devenu servile à souhait vous montrera l'outil de chez Leborgne à manche de résine destiné aux professionnels.

Sauf que vendredi, ils n'avaient pas de piémontoires ni même de pioches basiques. En revanche, ils disposaient d'un stock de sept pelles à neige, l'outil toujours demandé fin juillet à Paris. Fort marri, je me suis donc baladé dans le rayon des plantes vivaces pour voir s'il leur restait des hostas vu que j'adore les hostas même si mon épouse me dit qu'elle aimerait voir un peu de couleur dans le jardin. Car même si les cultivars d'hostas se comptent par milliers, avec des tailles, des feuilles et des couleurs différents, on reste tout de même dans les tons de vert et blanc.

Dédaignant les plantes aguicheuses aux couleurs chatoyantes, je me dirigeais tout de même vers un plateau où je distinguais encore quelques hostas invendues. C'est ainsi que je chargeais mon joli petit charriot de variétés diverses et variées. Toutes valaient 7,5€ sauf un pot de plus grande contenance étiqueté à 14,90€.

Mais arrivé au moment de payer, l’hôtesse de caisse, sans doute une jeune étudiante prise pour le mois de juillet, scanna le pot que je posai sur le tapis roulant, se contentant de me demander combien j'en avais en tout. Et c'est fort benoitement et totalement pénétré du péché que j'allais commettre que je lui répondis que j'en avais six. Elle me compta donc six hostas à 7,50€ sans faire attention, qu'un des pots valait presque le double. Je fis ainsi l'économie substantielle de 7,40€ !

Mais la joie d'avoir pu ainsi tromper le grand capital fut de courte durée et aussitôt remise en question par une vague de scrupules qui m'assaillit. J'avais surtout abusé de la naïveté d'une caissière inexpérimentée. Je me voulais malin et chanceux or je n'étais qu'un minable escroc à la petite semaine : honte à moi ! Et tout cela pour une hosta et une économie de 7,40€ ! J'étais doublement minable.

Je sortis donc de la jardinerie en comparant ce que j'imaginais de moi et la réalité. Tandis que je me serais bien vu tout en haut des stades moraux de Kohlberg, voici que j'en étais réduit à jouer les petits escrocs minables. Et si la culpabilité m'assaillait là sur le parking, ce n'était pas le fait d'avoir la sensation d'avoir failli à la morale mais plutôt le fait d'avoir à écorner la belle image de moi-même. Le chevalier blanc devenait un crevard ; viendrait sans doute un jour ou j'en serais réduit à changer les étiquettes avant de passer en caisse.

Une demie-heure après, Dieu dans sa grande sagesse me soumit à une épreuve qui m'aurait permis de m'en sortir la tête haute. en achetant mes cigarettes, plutôt que de me rendre 0,20€, la vendeuse étourdie me rendit 5,20€, en me gratifiant en sus d'un "au revoir et bonne journée monsieur". Le chevalier blanc étant absent, le petit escroc minable persista et je me réjouis de l'aubaine consistant à gratter 5€ ! Et j'eus même la réflexion consistant à me dire que décidément c'était une bonne journée puisqu'en une heure, je m'étais fait 12,40€ de gratte sur mes achats ! Je hâtai même le pas afin que si d'aventure la caissière prenne conscience de son erreur, elle ne puisse sortir du tabac afin de me héler et de me faire rembourser le trop-perçu.

Et pourtant, dans les deux cas, croyez-moi, j'ai eu des scrupules à agir de la sorte, sachant bien que j'étais face à un dilemme moral consistant à choisir entre la morale transcendante, l'impératif kantien et mon intérêt propre. Le Larousse explique d'ailleurs que le scrupule est une inquiétude excessive de la conscience inspirée par un sens aigu de la perfection chrétienne. C'est une incertitude d'exigence au regard de la conduite à avoir.

Le scrupule ne se manifeste que face au silence de Dieu. Si j'éprouve du scrupule à faire ce qu'ai fait, c'est que je suis face à un choix et que je suis seul. Que quelle que soit la voie que je choisisse, je suis seul. Je peux dans les deux cas renoncer au gain et privilégier le bien commun ou en revanche, comme je l'ai fait, me taire et privilégier mon intérêt. C'est mon libre arbitre qui se manifeste pour savoir si je suis un homme de bien ou un crevard. Ceci étant dit, si je choisis la voie du crevard, ma conscience me le rappelle.

Le scrupule ne peut s'éveiller en moi sans une profonde conscience spirituelle. Le scrupule, même si comme dans mon cas il n'empêche rien, est finalement l'exigence ultime : les tourments d'une âme saisie par quelque chose de plus grand qu'elle.

Le scrupule résiste aussi plus ou moins bien en fonction des situations sociales. Car il est évident que face à un quidam, j'aurais été honnête, n'hésitant pas à lui dire qu'il se trompait. En revanche, mes scrupules se sont émoussés dans les deux situations. Dans la première parce que cette jardinerie appartient à un grand groupe et qu'il n'y a pas de mal à escroquer un grand groupe. Dans le second cas, parce que les cigarettes sont un produit taxé à 80% et qu'il n'y a pas de mal à tente d'échapper à ce vol manifeste. Sauf que dans les deux cas, je n'avais ni un actionnaire du groupe ni un agnt de l'état mais deux simples salariés distraits. Bref, pour faire coïncider mon intérêt personnel et mon sens moral, il fallait que je distorde la réalité et je le sais.

Jasques Mesrine était capricorne comme moi mais cela ne suffit pas. N'est pas Mesrine qui veut. Saisi d'effroyables tourments pour 12,40€, ce n'est pas demain la veille que je me mettrai aux braquages. Quoique, si j'étais sur de ne pas me faire prendre ? Et si je donne dix pour cent de mes gains à une œuvre caritative ? En tant que catholique j'ai des exigences morales de protestant. Je voudrais vivre en France comme un suédois. Et pourtant aux états-unis, même si j'apprécie le civisme des habitants, au bout d'une dizaine de jour, je me mets moi aussi à traverser hors des clous ou quand le feu est vert pour les voitures.

Font chier ces scrupules ! En fait j'aime juste l'idée de pouvoir me dire que je suis différent des autres. Que je peux vivre dans un pays comme la France en étant plus moral sans besoin du carcan social pour marcher droit.

Je ne suis pas tellement différent des autres. Bon j'ai des scrupules, c'est la preuve que je ne suis pas un sociopathe. Tout n'est pas perdu. Mais sur le coup, je suis tout de même un crevard ! Pas suffisamment bon pour être uns ait, et pas suffisamment pourri pour faire de la politique, c'est mon drame.

Enfin, l'essence de tout cela, c'est que quelle que soient vos actions, si vous avez des scrupules, tout n'est pas perdu. Vous n'en êtes pas encore à suivre la voie d'un Fourniret !

 « Aussi est-il nécessaire au Prince qui veut se conserver qu’il apprenne à pouvoir n’être pas bon, et d’en user ou n’user pas selon la nécessité ». 
Machiavel, Le prince 

24 septembre, 2023

Vous ai-je déjà dit ?

                                                                       "Oh les FDP !"

 Vous ai-je déjà dit combien je détestais les élus ? Ceux qui me lisent depuis longtemps savent que je me suis toujours identifié comme anarchiste de droite. Plus jeune, j'avais du mal à me situer. Je savais que je détestais les gauchistes généreux avec les biens d'autrui mais j'avais tout de même trop de cœur pour adhérer au RPR au milieu des droitards bornés et égoïstes.

Et puis un jour, alors que je trainais à la librairie P.U.F , place de la Sorbonne, je me mis à regarder les Que-sais-je et tombais sur celui intitulé : Les anarchistes de droite. Ne cherchez pas la librairie, elle a fermé depuis des années, remplacée par un truc de bouffe sans intérêt. Quant au Que-sais en question, il n'est plus édité. 

Toujours est-il, qu'heureux comme un jeune marcassin dans sa soue, je me repus (du verbe repaître) de cet opuscule qui m'ouvrit de plus, les yeux sur une foule d'auteurs avec qui je me sentais en communion. Tous se caractérisaient pas une plume trempée dans le vitriol, une hyper sensibilité sans mièvrerie et bien sur par le fait que tout ce qu'ils proposaient ne serait jamais possible à moins que l'ensemble de l'humanité n’augmente spontanément de trente points son QI et son score moral aux stades de Kohlberg !

Ce n’était pas demain la veille que cela arriverait mais au moins cela me permit-il de me sentir moins seul et surtout de deviner chez mes coreligionnaires ceux qui peu ou prou avaient les mêmes appétences que moi. Cela m'a aussi donné une structure suffisante en termes de pensée politique pour passer ma vie en tant que passager clandestin sur le grand navire de l'existence (quel lyrisme idiot) sans jamais rien espérer et surtout pas d'améliorations.

Je suis donc resté rebelle à toute autorité, qu'il s'agisse des professeurs, des forces de l'ordre et généralement de tous ceux qui désirent exercer sur moi la moindre pression ou contrainte. Non que je sois incapable de vivre en société mais que bien au contraire je sache où sont les limites sans qu'il ne soit besoin de me les rappeler sans cesse. Je n'ai rien d'un insoumis à la sauce NUPES, surtout pas, je veux juste que l'on me foute la paix en ne me contestant pas ma possibilité d'être roi au royaume de moi-même.

C'est la raison pour laquelle je déteste les élus, comme je l'écrivais au début de cet article. Je n'en peux plus de ces crétins qui pour 95% sont soit des idiots soit des truands, me disent quoi, comment et où faire. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai soutenu les Gilets Jaunes. J'ai adoré voir Paris trembler sous les assauts des prolos, aussi vaillants que les poilus de 14. Et puis, il a fallu se rendre à l'évidence, face à l'état t son artillerie, l'infanterie ne peut pas faire grand chose si ce n'est se faire massacrer. Enfin, rattrapée par l'extrême gauche, cette jacquerie authentiquement populaire ne pouvais qu'échouer. Dommage ... Enfin, je me suis vengé en voyant les bleus prendre une branlée à Bastia lors des obsèques de Yvan Colonna.

Mais pourquoi parler des élus me direz-vous ? Simplement parce que je viens de recevoir ma taxe foncière qui vient d'augmenter de 22%. Je considère donc que mon maire, ses adjoints et tous ceux qui ont voté une telle augmentation sont de fieffés fils de pute à qui je souhaite en avance sur les vœux de 2024 tout le mal possible !


03 avril, 2010

L'air du temps !

Cette année le M16 se porte haut sur la poitrine.

Les gens très cultivés sont toujours de gros lecteurs. Je n'échappe pas à cette règle. C'est pourquoi, si vous étiez passé en début d'après midi chez moi, vous m'auriez trouvé dignement assis dans mon canapé lisant studieusement le Télé7jours de la semaine en cours (27 mars ou 2 avril). Tandis que je parcourais ce summum de la pensée, j'arrivai à la page 90 où je pris connaissance des derniers potins concernant Christine Bravo, la gracieuse animatrice que tout le monde connait. Et là, l'opuscule imprimé en quadrichromie manqua de me tomber des mains.

En effet, je venais de lire, et je cite in extenso :
"Christine styliste
En 2008, grand-mère à 52 ans, d'un peti Felipe, et lasse de voir les bébés en bleu ou en rose, elle crée avec son amie styliste Françoise Villeneuve une collection de vêtements de bébés, Bravollywood. Des matières luxueuses, des prix chics, un stylisme choc, : des tee-shirts imprimés avec le visage du Che ou des phrases : Vient de paraître ou Attention, futur ado !


A vrai dire que Christine Bravo se lance dans la vente de vêtements pour bébés, je m'en moque éperdument : elle fait ce qu'elle veut. Elle aurait tout aussi bien pu lancer une marque de bière, qu'une gamme d'outils de jardin, je m'en serais tout autant fichu.

De la même manière, que je me moque qu'elle nous apprenne " Vous ne trouverez pas chez nous d'articles "Made in China". J'ai en effet rejeté la notion de fabrication massive, forcément plus rentable, effectuée par des "petites mains" surexploitées". Tant pis si elle n'a pas compris que même en Chine, les gens ont besoin de manger fut-ce en étant surexploités. C'est un peu idiot de dire cela surtout quand comme elle, on se targue d'avoir des origines espagnoles modestes. Parce que si à une certaine époque, des bobos au grand cœur avaient décrété qu'il ne fallait pas utiliser de main d'œuvre étrangère surexploitée, sa famille aurait eu le droit de crever de faim. Parfois, on fait ce qu'on peut avec ce que l'on a, simplement parce que "nécessité fait loi" et qu'il faudra patienter pour bénéficier d'une convention collective ultra-protectrice.

Même si je pense qu'un enfant devrait pouvoir aller à l'école, je préfère tout de même un enfant qui travaille et mange que le même qui crève de faim. Il est toujours dangereux d'être occidentalocentré. Chez nous aussi, à une époque pas si ancienne, les petites mains furent exploitées, et ce n'est qu'avec la richesse induite par le système capitaliste qu'on put préserver nos chers petits des galeries de mines ou des filatures. Si je ne connais rien à la mode enfantine, je voulais juste rappeler à cette dame que la bonne conscience et les postures outrageusement moralistes n'ont jamais créé de richesses à partager.

Mais, sitôt passée cette entrée en matière bien digne d'une journaliste et chroniqueuse de gauche - après tout chacun ses idées - le fin du fin arrive lorsque l'on consulte la boutique en ligne. C'est ainsi qu'en fonction du profil psychologique que vous pensez observer chez votre bébé, vous aurez le choix entre "bébé cool", "bébé hype" ou encore "bébé mystique".

Au rayon "bébé cool", dans la section t-shirts et marcels, vous aurez ainsi le droit de faire arborer par votre enfant soit le célèbre sigle Peace and love créé par Bertrand Russel ou encore une superbe feuille de cannabis rose stylisée. Rappelons, même si je suis loin d'être un père la morale, que le cannabis est un produit stupéfiant. Ensuite, on passe aux "bébés hypes", lesquels pourront arborer de jolis slogans tels que "Ni Dieu, ni maître" avec le logo anarchiste à moins que ce ne soit "I love my uncle gay". Pauvres bébés, obligés dès leur plus jeune âge d'affirmer des opinions politiques auxquelles ils ne comprennent rien. Et dire qu'ensuite on se plaint de l'enrôlement des gamins dans les guérillas du monde entier ! Quant au second, on peut se demander en quoi l'orientation sexuelle de leur oncle est importante dans le fait qu'ils l'aiment. Espérons seulement que le tonton ait fait son coming out !

Mais, last but not least, la page des nouveautés nous montre le même t-shirt arborant fièrement la tête de l'humaniste Che Guevara immortalisé le 5 mars 1960 par korda. C'est vrai que la photo est réussie et que le Che a une belle gueule comme ça, le regard tourné vers l'avenir, sa virilité rehaussée par cette barbe mal taillée de baroudeur. Pour le reste, bien sur madame Bravo se fiche de savoir ce que cet étudiant en médecine, fils de bonne famille et icône des jeunes filles tout juste pubères en mal d'amour, a bien pu faire. L'important c'est l'esthétisme.

On peut être ignoble avoir une démarche ignoble, pourvu que ce soit joli et correctement marketé, tout passe : le bourreau sanguinaire peut devenir un pur jeune homme idéaliste. Concernant les faits d'armes du bel Ernesto, vous pouvez en voir un bref aperçu sur l'article ce blog, glané au hasard d'une recherche google "Che Guevara camps de concentration". Bien entendu, au delà des réactions partisanes, on peut aujourd'hui affirmer qu'il existe une controverse entre historiens sérieux à propos du Che, lequel aurait eu la main lourde lorsqu'il rendait justice. Mais comme bébé n'en sait pas plus que madame Bravo à propos du Che, il arborera candidement la photo d'un criminel sur son joli petit t-shirt. Dommage que Pol Pot n'ait pas eu une jolie gueule, il aurait pu figurer sur des t-shirts.

Au-delà de ces choix esthétiques plus que moralement discutables, ce qui est terrible c'est que des parents puissent ainsi bafouer l'innocence des petits enfants. Le rose pour les filles et le bleu pour les garçons vous ennuient ? Cassez les codes des couleurs et choisissez du fuchsia ou du parme mais de grâce laissez les encore quelques années ignorants des vicissitudes du monde. Laissez les arborer des nounours ou autres petites animaux stylisés un peu niais parce que c'est de leur âge. Si j'étais moins soucieux de ma prose, j'aurais envie de hurler : bande de bobos de merde, cessez de vous plaindre parce qu'il existe de par le monde des enfants soldats si c'est pour habiller des nourrissons avec des slogans politiques, parce que les enfants soldats ne sont justement à la solde que de courants politiques". Dans les stades moraux de Kohlberg auxquels j'avais consacré un article voici déjà longtemps, ces gens là en sont restés au stade pré-conventionnel, ne valant sans doute pas les nourrissons qu'ils habillent.

Mercredi soir, je dinais avec un ami qui revenait d'un long séjour de huit mois en Amérique du sud. A Paris depuis quelques jours seulement, il me disait qu'alors que notre vin et notre bonne chère lui manquaient tellement dans la jungle, il lui suffisait de quelques jours en France pour être déprimé et se dire qu'on avait vraiment un pays de merde. J'ai d'ailleurs assisté ce soir là à une violente altercation avec un bobo assis à côté de nous, lequel est reparti la queue entre les jambes, ayant compris qu'être un baroudeur ce n'était pas allez glander sur une plage du Costa Rica en n'ayant de contact avec l'autochtone qu'au travers du larbin qui vient vous servir votre cocktail.

Paraphrasant mon confrère H16, je peux vraiment dire que ce pays est foutu.